Lionel Jospin (1937-2026), qui vient de mourir le 22 mars 2026, a offert un entretien à Emeric Bréhier (professeur associé à Sciences Po Bordeaux et ancien député) dans un petit ouvrage de la Fondation Jean Jaurès intitulé « Lionel Jospin. Construire l’alternance (1971-1997). Militant, élu, responsable d’État : un parcours ».
L’objectif de l’ouvrage était d’offrir un portrait du militant, de l’élu et du ministre que fut Lionel Jospin et de « donner à voir au travers d’un parcours personnel ce qui fut une aventure collective (p.11) ».
À la toute fin de l’ouvrage, l’ancien premier ministre évoque, en réponse à une question d’ Emeric Bréhier, ce qu’aurait été la « génération Jospin ». La question qui précède le propos de Lionel Jospin fait suite à l’évocation de la présence du candidat socialiste au deuxième tour de l’élection présidentielle de 1995.
(E. Bréhier) « Comment envisages-tu dès lors la reconstruction du PS ? Comment fais-tu pour faire émerger une « génération Jospin » ?
(L.Jospin) « Le mot « reconstruction » est un beau mot dont devrait s’emparer la « génération » d’aujourd’hui. À l’automne 1995, j’ai pris conscience que l’élan retrouvé dans la présidentielle ne pourrait fructifier sans un vrai travail de reconstruction politique commençant par le Parti socialiste. Le Premier secrétaire, Henri Emmanuelli, mesurant qu’il ne pourrait le conduire, a loyalement remis son poste en jeu. Il a été décidé que le leader du parti serait désormais choisi directement par les militants. Proposant une renaissance, j’ai été très largement élu. Pendant deux ans, nous avons préparé avec nos adhérents les propositions nouvelles à faire aux français. Parallèlement, nous avons cherché à réunir à nouveau les fractions séparées de la gauche et les écologistes. Une équipe remarquable s’est attelée avec moi à cette double démarche sans laquelle la victoire surprise de 1997 n’aurait pu se comprendre.
S’agissait-il d’une « génération Jospin » ? Peut-être. De toute façon, dans une génération, chacun fait son destin. Mon successeur pendant dix ans à la tête du parti socialiste, François Hollande, deviendra président de la République. D’autres s’accompliront, certains se perdront. À l’heure où prospèrent l’individualisme dans la société et l’égotisme dans la vie politique, j’aime me souvenir de tous ceux, dirigeants ou militants, qui se sont investis passionnément au service de leurs idées en inscrivant leur histoire personnelle dans une aventure collective ».
D’après : Emeric Bréhier, Lionel Jospin. Construire l’alternance (1971-1997). Militant, élu, responsable d’État : un parcours, Fondation Jean Jaurès, 2022, p.83-84.


