G. Courbet (1821-1877). Le peintre, très actif durant la Commune, ordonna d’abattre la colonne Vendôme. Il fut condamné à 6 mois de prison et à une amende égale au montant du prix de la colonne (soit 300 000 francs or !). Il s’exila en Suisse, où il mourut.

« Charenton 30 avril 1871

Mes chers Parents,

Me voici par le peuple de Paris introduit dans les affaires politiques jusqu’au cou,
président de la fédération des artistes, membre de la Commune, délégué à la mairie, délégué à l’instruction publique. Quatre fonctions les plus importantes de Paris. Je me lève, je déjeune, et je siège, et préside 12 h par jour. je commence à avoir la tête comme une pomme cuite. Malgré tout ce tourment de tête et de compréhension d’affaires sociales auxquelles je n’étais pas habitué je suis dans l’enchantement. Paris est un vrai paradis : point de police, point de sottises, point d’exaction d’aucune façon, point de disputes. Paris va tout seul comme sur des roulettes, il faudrait pouvoir rester toujours comme cela, en un mot c’est un vrai ravissement. Tous les corps d’état se sont établis en fédération et s’appartiennent, c’est moi qui ai donné le modèle avec les artistes de toutes sortes. Les curés aussi sont à leurs pièces comme les autres ainsi que les ouvriers, etc., etc. Les notaires et les huissiers, appartiennent à la Commune et sont payés par elle comme les receveurs de l’enregistrement. Quant aux curés, s’ils veulent exercer à Paris (quoiqu’on n’y tienne pas) on leur ouvrira des églises. (…)

Paris a renoncé à être la capitale de la France, la France ne voulait plus que Paris lui envoie les préfets, la France doit être contente, elle est exaucée. Mais aussi Paris ne veut plus être conduit par la France ni par les votes des paysans qui votent pour le père-blicite (sic), c’est rationnel du moment que la province envoie à Paris les gens qui leur paraissent parmi ceux les plus distingués pour les instruire, une fois qu’ils sont instruits, ils ne doivent plus avoir la prétention de les diriger avec leur ignorance. Il faut être logique. Aujourd’hui Paris s’appartient et coopérera dans la mesure aux besoins de la France, en restant uni à la patrie commune, et il désire que toutes les provinces de France imitent son exemple, de telle sorte que cette fédération devienne une unité puissante, qui paralyse à tout jamais les gouvernements de toutes sortes ainsi que les vieux systèmes, monarchiques, impérialistes et autres « .

Lettre autographe et inédite de Gustave Courbet. Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale.