«Quelle honte ! Et quel avertissement pour ceux qui croyaient qu’on ne verrait pas « ça » chez nous. Nous y sommes ! en pleine terreur, en pleine bestialité hitlérienne.

Le 16 juillet, les bêtes fauves de la S.S., les apaches des Sections d’assaut qui règnent sur notre Paris ordonnent à la Police française, à la Garde mobile, aux Inspecteurs, d’arrêter tous les Israélites étrangers de Paris […]

Les policiers français, contraints d’obéir, sont écœurés par la besogne infâme. Certains refusent ; 400 arrestations parmi eux. Quant à la population parisienne, elle est admirable de solidarité agissante ; on cache les traqués, on recueille les enfants, on maudit publiquement les bandits nazis. Paris n’en peut plus de cette honte. Paris se prépare à la lutte pour retrouver son vrai visage […]

Français ! Prenez-y garde ! Ne vous imaginez plus désormais que les brutes hitlériennes vous traiteront mieux que les Polonais et les Tchèques martyrs !

Qu’on ne s’y trompe pas : pour les Allemands, nous Français, nous sommes des esclaves « étrangers » vis-à-vis du peuple maître, seul digne de vivre. Hitler prendra nos hommes, nos femmes et nos enfants, comme il le fait avec les autres peuples et avec les Juifs. Ne croyez pas, Français, qu’on nous ménagera plus que les autres […]

Ce qui s’est passé à Paris le 16 juillet, cette honte dont tout homme rougit, c’est un avertissement pour nous tous.

C’est avec une joie sadique, dans des buts bien déterminés que les nazis traitent ainsi Paris. Accepter, quand on est Français, de telles infamies, c’est pire que d’être vaincu.

Français de la zone non-occupée ! Gare à vous ! La terreur hitlérienne approche, Français de tous les milieux, de toutes les classes, de toutes les religions ; quand Hitler frappe, tue, torture en France, c’est vous qu’il vise, tôt ou tard.

Révélez les horreurs de Paris ; soyez solidaires de toutes les victimes ; abritez-les ; cachez-les ; refusez de laisser salir la France, et luttez avec les mouvements de résistance, contre les bourreaux nazis, leurs traîtres et leurs chiens couchants.

POUR LA LIBÉRATION QUI VIENT !»

Tract du Franc-Tireur, août 1942, cité par Dominique Veillon, La Collaboration. Textes et Débats, Le livre de poche, n°5002, Paris, 1984.