Ouverture de la conférence [de la paix] de Dublin, Sir Horace Plunkett et Sir Thomas Ardle [i. e. MacArdle] : [photographie de presse] / [Agence Rol]

Ouverture de la conférence [de la paix] de Dublin, Sir Horace Plunkett et Sir Thomas Ardle [i. e. MacArdle] : [photographie de presse] / [Agence Rol]

Angleterre : La question irlandaise – débat sur le « Home Rule », 1886.

« Comment se présente la question irlandaise ? Mes honorables collègues ont-ils songé qu’ils vont entrer en conflit avec une nation ? Quel obstacle opposer à la revendication d’une nation, quand elle n’est ni exagérée, ni dangereuse ? Et il y a des foules et, je crois, des millions et des millions de personnes qui pensent que la revendication irlandaise n’est ni exagérée ni dangereuse. A notre avis, une seule question peut se poser : elle a trait au moment et aux circonstances dans lesquels satisfaction doit être donnée. car elle sera donnée, nous en sommes certain.

La donner gratuitement et dans la dignité, en recevant des témoignages de gratitude et de reconnaissance ; ou la donner sous la contrainte, la donner dans le ressentiment et un ressentiment renouvelé à chaque pas fait sur la voie ainsi choisie ; il y a là une différence à nos yeux fondamentale, et c’est la raison essentielle pour laquelle nous avons agi et agissons aujourd’hui. Dans mon esprit, ce moment est l’un des heureux moments de notre histoire, une de ces occasions qui peuvent survenir et s’éclipser, mais qui ne reviennent que rarement, ou, dans ce dernier cas, reviennent après un intervalle de temps et en des circonstances que personne ne peut prévoir…Les catholiques romains ont été émancipés, émancipés après vingt neuf années de mépris atroce, de promesses solennelles… La représentation de l’Irlande a été totalement réformée ; et, je le dis avec gratitude, la franchise a été donnée à l’Irlande, dans le cadre des mesures de réforme de l’an dernier, dans un esprit libre, la main ouverte, et le don de cette franchise était le dernier acte requis pour assurer à l’Irlande le succès de son dernier effort. Nous avons donné à l’Irlande une voix ; tous, nous devons lui prêter attention un moment. Tous, nous devons l’écouter, des deux bords, des deux partis, tels qu’ils sont , divisés sur cette question, divisés, je le crains, par un fossé presque infranchissable. Nous ne sous-évaluons pas ni ne méprisons les forces qui nous sont opposées. Je les ai décrites… Vous avez le pouvoir, vous avez la richesse, vous avez les hauts rangs, vous avez les postes élevés, vous avez l’organisation. Qu’avons-nous ? Nous pensons avoir le coeur d peuple ; nous croyons et nous savons que nous avons la promesse de la moisson de l’avenir…

L’Irlande est à votre barre, dans l’attente, dans l’espérance et presque en suppliante…Elle demande un oubli saint du passé, et à cet oubli nous avons un intérêt plus profond qu’elle-même…

Ce que nous voulons, c’est retrouver les traditions qui nous guident en toutes matières sauf dans nos rapports avec l’Irlande…Nous saluons sa demande d’un saint oubli du passé, comme je l’ai appelé. Elle nous demande aussi sa bénédiction pour l’avenir, et cette bénédiction pour l’avenir, sauf erreur grossière, sera une bénédiction pour elle, son bonheur, sa prospérité et sa paix. Telle est sa prière. Réfléchissez, je vous en conjure, réfléchissez bien, réfléchissez sagement, réfléchissez, ne pensent pas au moment présent, mais aux années à venir, avant de rejeter la proposition de loi. »

Révolutions et nouveaux pouvoirs

La première guerre mondiale se termine par de profondes modifications des régimes politiques en place: la Russie devient l’URSS, l’empire allemand devient une république et l’Irlande brise le joug de huit siècles de colonisation.

Le problème irlandais

Chronologie

IV è s.: Saint-Patrick va convertir l’Irlande au catholicisme.

VIII è s.: Les Vikings installent par la force un nouveau mode de civilisation. Début d’une longue période de guerres et de désordres.

1169: Le pape, Anglais, autorise Henri II, roi d’Angleterre, à prendre possession de l’Irlande.

1171 : début de la conquête de l’Irlande par les Anglais.

1210 : Le roi oblige des barons rebelles àreconnaître les lois et coutumes de l’Angleterre.

XVIe : Edouard VI et Elizabeth I imposent au peuple des prêtres anglicans; malgré les persécutions et les expéditions punitives, l’Irlande demeure catholique à l’exception de l’Ulster.

1603 : à la mort d’Elizabeth I , la paix revient.

1609 : rébellion des comtes du Nord. Début de l’installation de protestants anglais et écossais en Ulster.

XVII è s. : Les seigneurs irlandais quittent le pays, leurs terres sont confisquées au profit des colons anglais. Les populations catholiques sont déplacées vers les mauvaises terres ( la « Plantation »).

1627 : la population irlandaise est répartie en quatre groupes distincts aux droits différents :

– les Irlandais de vieille souche
– les anciens Anglais
– les Anglais d’Irlande
– les presbytériens d’Ulster

1641: massacre des colons anglais et écossais par les vieux Irlandais et les anciens Anglais (10 000 morts). C’est le début d’une guerre qui prendra momentanément fin en

1669 : Cromwell débarque à Dublin avec 12 000 hommes et massacre les catholiques, confisque les biens et déporte massivement dans le Connacht (l’enfer ou le Connemara).

1674 : la minorité anglicane va détenir 4/5 des terres.

1689 : un Parlement catholique se propose de confisquer les terres aux mains des anglicans.

1690 : bataille de la Boyne : Jacques II, catholique, usurpateur du Parlement anglais, est vaincu par Guillaume d’Orange, protestant.

1691 : les nouvelles lois « anglaises » privent les catholiques:

– du droit de vote, de tout grade dans l’armée et la marine ;
– les excluent de l’administration et de la magistrature ;
– les briment en éducation et sur le droit à la propriété.

1729 : année de famine, malgré l’introduction de la pdt vers 1650.
Début de l’émigration vers l’Amérique.

1800 : Loi d’Union de l’Irlande à l’Angleterre. famines dues au blocus maritime.

1821-1823 : famine en Irlande.

1843 : Formation du groupe « Jeune Irlande ».

1845 : début de la famine des pommes de terre: 1 million de morts et 1 million d’émigrants. La population passe de 8 300 000 pers. en 1845 à 6 600 000 pers. en 1851.

1848 : création du mouvement fénian dont le but est de renverser par la force le pouvoir britannique (Fraternité républicaine irlandaise).

dès 1857 : pogroms contre les catholiques.

1870 : loi agraire.

1886 : Gladstone introduit le premier projet de Home rule (autonomie).

1893 : rejet du deuxième projet de Home rule.

1911 : 3e projet de Home rule.

L’insurrection de Pâques

Les hommes de la révolution sont d’origine diverses: syndicalistes, marxistes ou nationalistes; écrivains, aristocrates ou révolutionnaires professionnels. Dans un premier temps, ces hommes essaieront d’obtenir une aide extérieure, une aide allemande. Leur tentative sera un échec. Néanmoins, ils sont décidés à passer à l’action.

Le 24 avril 1916, le lundi de Pâques, les bataillons des Volontaires irlandais de Dublin et la Citizen Army de James Connolly sont convoqués, en arme, pour le jour même. A midi, les hommes se lancent à l’assaut des principaux bâtiments de Dublin; le drapeaux irlandais est hissé sur la grand poste.

L’écrivain Pedraic Pearse est nommé président du gouvernement provisoire et commandant en chef des forces républicaines. Il lit une proclamation annonçant que désormais l’Irlande est un état indépendant et souverain. James Connolly est nommé vice-président et commandant en chef des forces de Dublin, il annonce: « A dater de cette minute, il n’y a plus de Citizen Army, plus de Volontaires irlandais, rien que l’Armée républicaine irlandaise.  » L’IRA était née.

De violents combats vont opposer l’armée britannique à l’IRA qui déposera les armes le 29 avril 1916. Il y a 3000 victimes, tués ou blessés, dont de nombreux civils.

En avril 1916, 1200 nationalistes occupent Dublin ; les Britanniques répriment en une semaine ce mouvement dit des « Pâques sanglantes »

 » En Irlande, le mouvement est à peu près enrayé ; il y a encore quelques résistances sur ces quelques points en province. C’est peu de chose. Les Sinn-Feiners ne veulent pas du Home Rule, ils réclament l’indépendance absolue, la République, ils l’ont proclamée et, pendant les quelques jours où ils étaient les maîtres de Dublin, ils ont constitué un Gouvernement avec un Président. Ces Sinn-Feiners sont en majorité des professeurs, des écrivains, des poètes. Le Président de cette République de huit jours, M. Pearse, qui a été fusillé, était le directeur d’un des plus grands collèges de Dublin… Les insurgés poursuivaient la rupture du lien avec la métropole… La main des Allemands s’est fait sentir dans toute l’affaire.  »

Lettre de Paul Cambon, fin avril 1916, dans 4 Mémoires, t. 11. dossier IV/81

La révolte continue

La victoire des Britanniques est temporaire. Les mesures prises sont inefficaces et ont pour résultat de renforcer l’IRA. Les Irlandais se sont trouvés un guide en la personne d’Eamon de Valera et un puissant soutien financier et logistique dans la communauté irlandaise émigrée aux USA. Un mouvement réuni toutes ces forces: le Sinn Fein.

Le 21 janvier 1919, les membres du Sinn Fein élus par les Irlandais pour représenter l’Irlande au parlement de Westminster à Londres boycottent leur mandat et créent une assemblée en Irlande: le Dail éireann. Ils proclament leur indépendance.

Fin 1919, le Dail est déclaré hors la loi par le gouvernement britannique.

Au printemps 1920, la guerre éclate qui oppose les forces irlandaises à l’armée britannique. Les deux armées sont incapables de se départager et une solution politique est nécessaire.

Le 22 juin 1921, le roi George V lance un appel à la réconciliation et à la paix. Suite à des négociations, le Sinn Fein signe un projet d’ « Articles d’accord pour un traité entre la Grande-Bretagne et l’Irlande » le 6 décembre 1921. Les Irlandais obtiennent:
– la fin de la suprématie britannique établie en 1172
– la dissolution de l’acte d’Union de 1800
– le renversement du gouvernement colonial d’Irlande
– le retrait de la présence britannique
– la reconnaissance en tant que nation

MAIS l’Ulster reste unie à la Grande-Bretagne.
La guerre civile s’achèvera en 1923.

6 décembre 1922, proclamation de l’Etat libre d’Irlande.

En 1937, le pays adopte une nouvelle Constitution, l’Irlande n’est plus un dominion. Elle reprend son ancien nom d’Eire et devient un état souverain et indépendant.

18 avril 1949, proclamation de la République d’Irlande.

« En 1948, l’Irlande proclame une fois de plus, – mais ce sera la bonne – une indépendance confirmée par l’abandon du Commonwealth.
L’œuvre de résurrection du domaine gaélique n’est cependant pas achevée. L’Ulster demeure lié à l’Angleterre par des liens de sang et d’intérêts si anciens, si solides, qu’on ne peut les rompre aisément.
Ainsi se prolonge et se répète l’histoire pathétique de l’Irlande, où chaque victoire, si chèrement qu’elle ait été payée, est aussitôt démentie, souvent par des faits étrangers aux Irlandais eux-mêmes…
Ceci explique la déconcertante complexité des Irlandais. Jamais découragés, mais jamais satisfaits ; velléitaires dans leurs desseins et incapables d’en envisager le succès à long terme…méfiants, mais chaleureux et, comme Godot, attendant toujours un lendemain heureux. »

S. Chantal, L’Irlande aujourd’hui, Jeune Afrique, 1983.