Plutarque (45-125 apr.J.-C.) est né à Chéronée dans une famille de notables. Formé intellectuellement à Athènes, il voyage beaucoup et professe la philosophie et la rhétorique. Il obtient la citoyenneté romaine et exerce un sacerdoce à Delphes dans les dernières années de son existence. Il est l’auteur d’une œuvre abondante où la biographie et la philosophie occupent des places de choix, nombre d’étudiants en Histoire se rappelant probablement de ses Vies parallèles des hommes illustres, où il rapproche, à titre de comparaison, les biographies d’un Grec et d’un Romain.
Le petit extrait proposé ci-dessous fait l’éloge de la gérontocratie et offre une vision positive du « pouvoir des vieillards » lorsqu’ils gèrent un État.
Particulièrement croustillant est le passage dans lequel Plutarque loue la modération et la douceur des anciens, qualités qui empêchent d’ « apporter de la précipitation aux affaires publiques ou de l’excitation démagogique à la façon d’une tempête qui soulève la mer ».
Il faut croire que dans l’exercice du pouvoir, tous les gérontocrates ne se valent pas…
« Cela fait bien de voir le vieillard prendre la parole, faire quelque chose, être entouré d’honneurs. Mais quand il passe la journée dans son lit, mais quand il est assis au coin du porche, radotant et s’essuyant le nez, c’est autre chose ! Homère le dit parfaitement à ceux qui veulent comprendre. Cela faisait bien quand Nestor allait faire la guerre à Troie : on le comblait d’honneurs. Mais Pélée et Laërte qui restaient chez eux, c’était autre chose et on les dédaignait. Il ne faut pas croire que l’esprit de sagesse subsiste chez ceux qui s’abandonnent : l’inaction risque toujours de le relâcher et de le dissiper peu à peu ; il faut un exercice de la pensée pour réveiller et purifier le sens de la parole et de l’action.
Pour qu’il brille à l’usage ainsi qu’un beau métal !
Le mal que fait à l’État la faiblesse physique de ceux qui vont, hors d’âge, à la tribune ou à l’état-major est moindre que l’avantage de leur habileté, de leur sagesse, de leur sang-froid pour éviter de céder à l’entraînement des erreurs passées ou aux impulsions d’une vaine gloire, et d’apporter de la précipitation aux affaires publiques ou de l’excitation démagogique à la façon d’une tempête qui soulève la mer ; au contraire ils usent de douceur et de modération dans le traitement des affaires.
C’est pour cela que les États, quand ils vacillent ou sont dans la crainte, ont envie du gouvernement des vieillards. On s’en va les chercher dans leur campagne, alors qu’ils ne le souhaitent pas, qu’ils s’y refusent plutôt, et on les force à prendre la barre et à mettre en sécurité les affaires publiques ».
Plutarque, Faut-il confier l’État à un vieillard, VIII, 788.

