Ernst Heinrich Philipp August Haeckel naît le 16 février 1834 à Potsdam, en Prusse, dans une famille bourgeoise cultivée. Poussé par son père, conseiller au Parlement, vers des études de médecine qu’il rejette, il s’inscrit d’abord à Berlin, Würzburg puis Vienne, où il suit notamment l’enseignement du physiologiste Johannes Müller. Peu attiré par la pratique clinique, Haeckel se découvre finalement une véritable passion pour l’histoire naturelle, en particulier pour les organismes marins microscopiques. Il obtient son doctorat de médecine en 1857, mais choisit rapidement de se consacrer à la recherche zoologique plutôt qu’à la médecine.
Un séjour d’étude en Méditerranée, à Messine, marque un tournant décisif : il y découvre et décrit de nombreuses espèces de radiolaires, des protozoaires marins. Cette rencontre avec la nature microscopique est une révélation qui nourrit toute son œuvre scientifique et esthétique (artistique même !) ultérieure. En 1861, il obtient son habilitation à l’université d’Iéna, où il devient professeur de zoologie, poste qu’il occupe durant toute sa carrière.
La lecture de L’Origine des espèces de Charles Darwin, publiée en 1859, bouleverse sa pensée scientifique. Haeckel devient l’un des plus fervents défenseurs de la théorie de l’évolution en Allemagne, cherchant à en démontrer la validité par l’anatomie comparée et l’embryologie, mais, comme un certain nombre de ses confrères, cela le conduit à défendre également des thèses qui nourrissent le concept d’inégalité des races.
C’est dans ce contexte qu’il publie en 1866 son ouvrage majeur, Generelle Morphologie der Organismen (Morphologie générale des organismes, jamais traduite en français), dans lequel il tente de fonder une théorie unifiée du vivant sur des bases évolutionnistes. Cet ouvrage introduit plusieurs concepts et termes scientifiques désormais incontournables, en particulier celui d’écologie.
Nous vous proposons ici la traduction en français de l’extrait où, Haeckel définit ce qu’il entend par « écologie ».
Traduction française
XI- Ecologie et Chorologie.
Dans les sections précédentes, nous avons à plusieurs reprises souligné que toutes les grandes et générales séries d’apparitions de la nature organique restent complètement incompréhensibles et inexplicables sans la théorie de la descendance, tandis qu’elles reçoivent par celle-ci une explication à la fois simple et harmonieuse. Cela s’applique dans une très grande mesure à deux complexes de phénomènes biologiques que nous souhaitons enfin souligner en quelques mots, et qui constituent l’objet de deux disciplines physiologiques particulières, jusqu’à présent largement négligées, à savoir l’écologie et la chorologie des organismes.
Par écologie, nous entendons l’ensemble de la science des relations de l’organisme avec le monde extérieur environnant, où nous pouvons, au sens large, inclure toutes les « conditions d’existence ». Celles-ci sont de nature à la fois organique et inorganique ; tant l’une que l’autre, comme nous l’avons montré précédemment, sont d’une importance capitale pour la forme des organismes, car elles les contraignent à s’y adapter. Parmi les conditions d’existence inorganiques auxquelles chaque organisme doit s’adapter, on trouve d’abord les propriétés physiques et chimiques de son habitat, le climat (lumière, chaleur, humidité et conditions électriques de l’atmosphère), les aliments inorganiques, la nature de l’eau et du sol, etc.
Comme conditions d’existence organique, nous considérons toutes les relations de l’organisme avec tous les autres organismes avec lesquels il entre en contact, et dont la plupart contribuent soit à son avantage, soit à son détriment. Chaque organisme a parmi les autres des amis et des ennemis, ceux qui favorisent son existence et ceux qui l’entravent. Les organismes qui servent de nourriture organique pour d’autres, ou qui vivent comme des parasites sur eux, appartiennent également à cette catégorie des conditions d’existence organiques. De quelle importance énorme toutes ces relations d’adaptation sont pour la formation globale des organismes, comment en particulier les conditions d’existence organiques influencent les organismes de manière beaucoup plus profonde dans la lutte pour l’existence que les conditions inorganiques, nous l’avons montré dans notre discussion de la théorie de la sélection. Cependant, la portée scientifique de ces relations ne correspond en rien à leur importance exceptionnelle. La physiologie, à laquelle elle revient, a jusqu’à présent examiné de manière extrêmement unilatérale presque uniquement les fonctions de conservation des organismes (préservation des individus et des espèces, nutrition et reproduction), et parmi les fonctions relationnelles, seulement celles qui établissent les relations entre les différentes parties de l’organisme entre elles et avec le tout. En revanche, elle a négligé dans une large mesure les relations de celui-ci avec le monde extérieur, la position que chaque organisme occupe dans l’économie naturelle, dans l’économie du tout naturel, et a laissé la collecte des faits afférents à l’« histoire naturelle » sans critique, sans tenter de les expliquer mécaniquement.[…]
Texte originel en allemand
XI-Oecologie und Chorologie.
In den vorhergehenden Abschnitten haben wir wiederholt darauf hingewiesen, dass alle grossen und allgemeinen Erscheinungsreihen der organischen Natur ohne die Descendenz – Theorie vollkommen unverständliche und unerklärliche Räthsel bleiben, während sie durch dieselbe eine eben so einfache als harmonische Erklärung erhalten. Dies gilt in ganz vorzüglichem Maasse von zwei biologischen Phaenomen-Complexen, welche wir schliesslich noch mit einigen Worten besonders hervorheben wollen, und welche das Object von zwei besonderen, bisher meist in hohem Grade vernachlässigten physiologischen Disciplinen bilden, von der Oecologie und Chorologie der Organismen *).
Unter Oecologie verstehen wir die gesammte Wissenschaft von den Beziehungen des Organismus zur umgebenden Aussenwelt, wohin wir im weiteren Sinne alle, « Existenz-Bedingungen » rechnen können. Diese sind theils organischer, theils anorganischer Natur ; sowohl diese als jene sind, wie wir vorher gezeigt haben, von der grössten Bedeutung für die Form der Organismen, weil sie dieselbe zwingen, sich ihnen anzupassen. Zu den anorganischen Existenz-Bedingungen, welchen sich jeder Organismus anpassen muss, gehören zunächst die physikalischen und chemischen Eigenschaften seines Wohnortes, das Klima (Licht, Wärme, Feuchtig- keits- und Electricitäts-Verhältnisse der Atmosphäre), die anorganischen Nahrungsmittel, Beschaffenheit des Wassers und des Bodens etc.
Als organische Existenz-Eedingungen betrachten wir die sämmtlichen Verhältnisse des Organismus zu allen übrigen Organismen, mit denen er in Berührung kommt, und von denen die meisten entweder zu seinem Nutzen oder zu seinem Schaden beitragen. Jeder Organis mus hat unter den übrigen Freunde und Feinde, solche, welche seine Existenz begünstigen und solche, welche sie beeinträchtigen. Die Organismen, welche als organische Nahrungsmittel für Andere dienen, oder welche als Parasiten auf ihnen leben, gehören ebenfalls in diese Kategorie der organischen Existenz Bedingungen. Von welcher unge heueren Wichtigkeit alle diese Anpassungs-Verhältnisse für die gesammte Formbildung der Organismen sind, wie insbesondere die organischen Existenz-Bedingungen im Kampfe um das Dasein noch viel tiefer umbildend auf die Organismen einwirken, als die anorganischen, haben wir in unserer Erörterung der Selections Theorie gezeigt. Der ausserordentlichen Bedeutung dieser Verhältnisse entspricht aber ihre wissenschaftliche Behandlung nicht in Mindesten. Die Physiologie, welcher dieselbe gebührt, hat bisher in höchst einseitiger Weise fast bloss die Conservations-Leistungen der Organismen untersucht (Erhaltung der Individuen und der Arten, Ernährung und Fortpflanzung), und von den Relations Functionen bloss diejenigen, welche die Beziehungen der einzelnen Theile des Organismus zu einander und zum Ganzen herstellen. Dagegen hat sie die Beziehungen desselben zur Aussenwelt, die Stellung, welche jeder Organismus im Naturhaushalte, in der Oeconomie des Natur-Ganzen einnimmt, in hohem Grade vernachlässigt, und die Sammlung der hierauf bezüglichen Thatsachen der kritiklosen „Naturgeschichte » überlassen, ohne einen Versuch zu ihrer mechanischen Erklärung zu machen. […]
Source : Ernst Haeckel, Generelle Morphologie der Organismen : allgemeine Grundzüge der organischen Formen-Wissenschaft, mechanisch begründet durch die von Charles Darwin reformirte Descendenz-Theorie. Allgemeine Entwickelungsgeschichte der Organismen, kritische Grundzüge der mechanischen Wissenschaft von den entstehenden Formen der Organismen, begründet durch die Descendenz-Theorie, Berlin G. Reimer, extrait p. 286-287.
Pour aller plus loin :
- Ariane Debourdeau, Aux origines de la pensée écologique : Ernst Haeckel, du naturalisme à la philosophie de l’Oikos, Revue française d’histoire des idées politiques, l’Harmattan, 2016, , n°44, consultable ICI


