Portrait de Gobineau par la comtesse de la Tour, en 1876.—->

Le racisme « scientifique », une idéologie

L’inégalité des races est théorisée au XIXe siècle comme une science. Joseph Arthur de Gobineau est un des théoriciens les plus connus de cette pseudo-science qui prétend hiérarchiser l’espèce humaine en races distinctes. Une idéologie raciste se développe alors.

Chapitre XVI.

« J’ai montré la place réservée qu’occupe notre espèce dans le monde organique. On a pu voir que de profondes différences physiques, que des différences morales non moins accusées, la séparaient de toutes les autres classes d’êtres vivants. Ainsi mise à part, je l’ai étudiée en elle-même, et la physiologie, bien qu’incertaine dans ses voies, peu sûre dans ses ressources, et défectueuse dans ses méthodes, m’a néanmoins permis de distinguer trois grands types nettement distincts, le noir, le jaune et le blanc.

La variété mélanienne est la plus humble et gît au bas de l’échelle. Le caractère d’animalité empreint dans la forme de son bassin lui impose sa destinée, dès l’instant de la conception. Elle ne sortira jamais du cercle intellectuel le plus restreint. Ce n’est cependant pas une brute pure et simple, que ce nègre à front étroit et fuyant, qui porte, dans la partie moyenne de son crâne, les indices de certaines énergies grossièrement puissantes. Si ces facultés pensantes sont médiocres ou même nulles, il possède dans le désir, et par suite dans la volonté, une intensité souvent terrible. Plusieurs de ses sens sont développés avec une vigueur inconnue aux deux autres races : le goût et l’odorat principalement. Mais là, précisément, dans l’avidité même de ses sensations, se trouve le cachet frappant de son infériorité. (…) Ce qu’il souhaite, c’est manger, manger avec excès, avec fureur ; il n’y a pas de répugnante charogne indigne de s’engloutir dans son estomac. (…) A ces principaux traits de caractère il joint une instabilité d’humeur, une variabilité de sentiments que rien ne peut fixer, et qui annule, pour lui, la vertu comme le vice. (…) Enfin, il tient également peu à sa vie et à celle d’autrui ; il tue volontiers pour tuer, et cette machine humaine, si facile à émouvoir, est, devant la souffrance, d’une lâcheté qui se réfugie volontiers dans la mort, ou d’une impassibilité monstrueuse.

La race jaune se présente comme l’antithèse de ce type. Le crâne, au lieu d’être rejeté en arrière, se porte précisément en avant. Le front, large, osseux, souvent saillant, (…) [et la face] où le nez et le menton ne montrent aucune des saillies grossières et rudes qui font remarquer le nègre. (…) Peu de vigueur physique, des dispositions à l’apathie. Au moral, aucun de ces excès étranges, si communs chez les Mélaniens. Des désirs faibles, une volonté plutôt obstinée qu’extrême, un goût perpétuel mais tranquille pour les jouissances matérielles ; avec une rare gloutonnerie, plus de choix que les nègres dans les mets destinés à la satisfaire. En toutes choses, tendances à la médiocrité ; compréhension assez facile de ce qui n’est ni trop élevé ni trop profond ; amour de l’utile, respect de la règle, conscience des avantages d’une certaine dose de liberté. Les jaunes sont des gens pratiques dans le sens étroit du mot. (…) Leurs désirs se bornent à vivre le plus doucement et le plus commodément possible. On voit qu’ils sont supérieurs aux nègres.

(…) Viennent maintenant les peuples blancs. De l’énergie réfléchie, ou pour mieux dire, une intelligence énergique ; le sens de l’utile, mais dans une signification de ce mot beaucoup plus large, plus élevée, plus courageuse, plus idéale que chez les nations jaunes ; une persévérance qui se rend compte des obstacles et trouve, à la longue, les moyens de les écarter ; avec une plus grande puissance physique, un instinct extraordinaire de l’ordre, non plus seulement comme gage de repos et de paix, mais comme moyen indispensable de conservation, et, en même temps, un goût prononcé de la liberté, même extrême ; une hostilité déclarée contre cette organisation formaliste où s’endorment volontiers les Chinois, aussi bien que contre le despotisme hautain, seul frein suffisant aux peuples noirs. Les blancs se distinguent encore par un amour singulier de la vie. Il paraît que, sachant mieux en user, ils lui attribuent plus de prix, ils la ménagent davantage, en eux-mêmes et dans les autres. Leur cruauté, quand elle s’exerce, a la conscience de ses excès, sentiment très problématique chez les noirs. (…) Je n’ai pas besoin d’ajouter que [le] mot d’honneur et la notion civilisatrice qu’il renferme sont, également, inconnus aux jaunes et aux noirs.

Pour terminer le tableau, j’ajoute que l’immense supériorité des blancs, dans le domaine entier de l’intelligence, s’associe à une infériorité non moins marquée dans l’intensité des sensations. Le blanc est beaucoup moins doué que le noir et que le jaune sous le rapport sensuel. Il est ainsi moins sollicité et moins absorbé par l’action corporelle, bien que sa structure soit remarquablement plus vigoureuse.

Tels sont les trois éléments constitutifs du genre humain. (…) Au-dessous de ces catégories, d’autres se sont révélées et se révèlent chaque jour. Les unes très caractérisées, formant de nouvelles originalités distinctes, parce qu’elles proviennent de fusions achevées ; les autres incomplètes, désordonnées, et, on peut le dire, antisociales, parce que leurs éléments, ou trop disparates, ou trop nombreux, ou trop infimes, n’ont pas eu le temps ni la possibilité de se pénétrer d’une manière féconde. A la multitude de toutes ces races métisses si bigarrées qui composent désormais l’humanité entière, il n’y a pas à assigner d’autres bornes que la possibilité effrayante de combinaisons des nombres.

(…) J’ai dit que les grandes civilisations humaines ne sont qu’au nombre de dix et que toutes sont issues de l’initiative de la race blanche. Il faut mettre en tête de liste : [s’ensuit une liste de civilisation qui sont toutes issues d’implantations ou de souches aryennes donc considérées comme « blanches »] – La civilisation indienne ; les Egyptiens ; les Assyriens ; les Grecs ; les Chinois ; l’ancienne civilisation de la péninsule italique ; les races germaniques…

Source : Le comte de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines, vol. I, Firmin-Didot, Paris, 1853, pp. 214-223.

Dessins provenant d’Indigenous races of the earth (1857) de Josiah C. Nott et George Gliddon, qui suggèrent que les noirs sont aussi distincts des blancs que le sont les chimpanzés —->

 

« Ce que signifie la race »

« Posséder sa « RACE » dans sa PROPRE conscience cela certes est plus directement convaincant que tous les raisonnements. Celui qui appartient à une race déterminée, à une race pure, l’éprouve chaque jour. Le génie de son groupe ne le quitte pas : ce génie le soutient quand son pied chancelle et, (…) l’avertit au moment où il risquait de s’égarer ; ce génie exige son obéissance, et souvent le contraint à des actions qu’il n’eût point osé entreprendre, parce qu’il n’en concevait pas la possibilité. Faible et faillible comme tout ce qui est humain, un tel homme se reconnaît pourtant lui-même (et de bons observateurs le reconnaissent) à la SURETE de son caractère, et puis au fait que toute sa manière d’agir porte une empreinte  de grandeur simple, qui trouve son explication dans l’élément typique dépassant la personnalité. La race élève un homme au-dessus de lui-même, elle lui confère des capacités extraordinaires, j’allais dire surnaturelles, tant elle le différencie de l’individu issu d’un pêle-mêle chaotique de toutes sortes de peuples ; et si d’aventure il se trouve que cet homme, produit d’une sélection ennoblissante, soit extraordinairement doué, alors son appartenance raciale le fortifie, l’exalte de toute parts, et il devient un génie dominant l’humanité entière : non parce qu’un caprice de la nature l’a jeté sur la terre comme un météore flamboyant, mais parce qu’il s’est dressé vers le ciel comme un arbre nourri par des milliers et des milliers de racines, vigoureux, élancé, inflexiblement droit (…). Quiconque a des yeux pour voir reconnaît d’emblée la « race » chez les animaux.

(…) Goethe soutient quelque part que c’est la surabondance qui fait la grandeur ; la surabondance, voilà précisément ce qu’assure aux individus la race, constituée par sélection de matériaux excellents. Et, en vérité, ce que nous enseigne tout cheval de course ; tout fox-terrier, tout coq de Cochinchine ennobli par l’élevage, n’est-ce pas aussi l’éloquente leçon qui ressort de l’histoire de notre propre espèce ? La floraison du peuple hellène ne témoigne-t-elle pas d’une surabondance sans pareille ? Cette surabondance ne date-t-elle du moment où s’interrompent les immigrations du Nord et où les divers groupes d’hommes vigoureux qui ont peuplé la presqu’île, maintenant isolés, se fondent en une race – plus riche et plus nuancée là où le sang apparenté a conflué de sources plus diverses, comme à Athènes, plus simple et plus résistante là où une digue a été opposée à ce mélange, comme à Lacédémone ? Et n’assistons-nous pas à l’extinction de la race, du moment que le pays, incorporé à un tout plus grand, se voit arraché à son fier exclusivisme ? N’apprenons-nous pas de Rome la même chose ? N’est-ce pas, ici aussi, d’un mélange particulier que procède une race tout à fait nouvelle, différente de toutes celles qui se formeront plus tard par ses aptitudes et ses facultés, et douées d’une surabondance de force ? (…) Comme une cataracte le sang étranger inonda la Rome presque dépeuplée et, du coup, les Romains cessèrent d’être.

(…) L’avènement des GERMAINS dans l’histoire universelle. Ce phénomène aussi nous renseignera sur ce qu’il faut entendre par la pureté de la race ; (…) Juifs et Germains – telles sont encore les deux puissances qui se dressent en face l’une de l’autre, partout où un retour offensif du chaos n’a pas effacé leurs traits : tantôt amies, tantôt ennemies, toujours étrangères.

(…) Le Germain est l’âme de notre culture. L’Europe d’aujourd’hui, avec ses ramifications sur toute la surface du globe terrestre, offre le spectacle d’une bigarrure infinie, provenant d’une infinie variété de mélanges : ce qui nous lie les uns aux autres et nous rattache à un centre d’unité organique, c’est le sang germanique. Regardons autour de nous et nous constaterons que l’importance de chaque nation, comme force vive, dépend de la proportion de sang purement germanique dans sa population. Tous les trônes de l’Europe sont occupés par des Germains. »

Source : Houston Stewart Chamberlain, La genèse du XIXème siècle, Paris, Payot, 1913, pp. 348-9.

Houston Stewart Chamberlain est un écrivain anglo-allemand, dramaturge, critique culturel, théoricien de la race et philosophe des sciences.

 


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