Virgile (70-19 av. J.-C.) naît dans une famille de propriétaires terriens près de Mantoue. Il suit des études de droit et de philosophie. Exproprié à l’âge de 28 ans, il trouve refuge dans la région de Naples et bénéficie de la protection de Mécène.
D’abord auteur des Bucoliques (dix courtes pièces champêtres), il compose ensuite les Géorgiques : quatre chants qui magnifient les travaux des champs et le « retour à la terre ». L’œuvre, précise Frédéric Boyer (traducteur d’une très belle version des Géorgiques sous le titre Le souci de la terre aux éditions Gallimard), est une commande de Mécène et peut s’inscrire dans la volonté du pouvoir d’inciter les anciens soldats à revenir travailler la terre.
Le court extrait retenu ci-dessous est une véritable apologie des bienfaits et de l’utilité de la forêt et des arbres.
Un bienfait qu’il faut surtout préserver, comme en témoigne cette exclamation de Virgile dès le premier siècle avant notre ère : « Oh les hommes hésitent à planter des arbres et à en prendre soin ».
« La terre ouverte par le croc de la bêche donne assez d’humidité, et par le soc, des fruits lourds
Nourrir ainsi l’olive grasse, si chère à la paix
Les arbres fruitiers aussi, ils sentent s’affirmer la vigueur de leur tronc puissant, ils se tendent vigoureusement vers les étoiles, sans besoin de notre aide
Et c’est toute la forêt qui se charge de fruits
Les bois sauvages qui rougissent de baies de sang
Les troupeaux dévorent les cytises
Les hautes forêts fournissent des torches et alimentent les feux de la nuit pour répandre la lumière
Oh les hommes hésitent à planter des arbres et à en prendre soin
Pourquoi poursuivre avec les plus grands ?
Saules et genêts humbles donnent du feuillage aux troupeaux, de l’ombre aux bergers, une haie pour les champs, et de quoi nourrir les abeilles
Bonheur de contempler les buis agités du Cytore, les pins de Naryce
Bonheur de voir les prairies échapper aux râteaux et au souci des hommes
Même les forêts stériles au sommet du Caucase, fracassées et soulevées en permanence par des vents terribles, donnent différents produits, donnent un bois utile
Le pin pour les navires
Cèdre et cyprès pour les maisons
De quoi permettre aux paysans de polir les rayons des roues et les tympans de leurs chariots
De donner aux vaisseaux leurs carènes rondes
Les saules, des baguettes
Les ormes, des feuilles
Le myrte, de solides javelots
Et le cornouiller, bon pour la guerre
On plie les ifs d’Iturie pour faire des arcs
On façonne et on sculpte avec la pointe du fer le tilleul lisse et le buis qui se polit facilement
L’aune léger, lancé sur le Pô, flotte sur les eaux tumultueuses
Et les abeilles cachent leurs essaims dans les creux des écorces ou le bois pourri de l’yeuse
Les dons de Bacchus méritent-ils davantage d’attention ? »
Virgile, Le souci de la terre (Géorgiques), Livre II, Poésie/Gallimard, p.151-153. Traduction de Frédéric Boyer.


