«La société semi-coloniale et semi-féodale; la Révolution démocratique de type ancien. La guerre de l’opium

Chapitre X – La société semi-coloniale et semi-féodale; la Révolution démocratique de type ancien. La guerre de l’opium

La Guerre de l’Opium (1840-1842) marqua un tournant important qui inaugura, dans l’histoire de Chine, l’ère de la société semi-coloniale et semi-féodale. Avant la guerre, la Chine était un État féodal indépendant où la cour des Qing exerçait ses pouvoirs souverains sans aucune intervention étrangère. Après que le gouvernement des Qing se fut soumis aux Britanniques en signant, le 29 août 1842, l’inégal Traité de Nanjing, la Chine se transforma graduellement en un pays semi-colonial et semi-féodal dominé – avec la complicité du pouvoir des Qing – par des puissances étrangères.

L’époque de la société semi-coloniale et semi-féodale dans l’histoire de Chine se divise en deux périodes : la révolution démocratique de type ancien, de 1840 au Mouvement du 4 Mai 1919, au cours de laquelle fut fondée la République de Chine après la chute de la dynastie des Qing; et la révolution de démocratie nouvelle dirigée par le Parti communiste chinois après le Mouvement du 4 Mai.

Pour protéger son commerce de l’opium, la Grande-Bretagne s’était préparée, dès avant 1840, à une guerre contre la Chine. De son côté, la cour des Qing était aussi de plus en plus préoccupée par les problèmes sociaux qu’avait soulevés l’importation de grandes quantités d’opium et le rapide drainage de l’argent de la Chine […]»

Baï Shouyi (dir.), Précis d’histoire de Chine, Beijing, Éditions en langues étrangères, 1988, p. 437.

La guerre sino-japonaise de 1895 voit les deux puissances s’affronter en Corée, dans le Liaoning et dans le Shandong. La défaite chinoise étonne les Occidentaux

« […] la Chine devait céder au lapon la presqu’île du Liaodong, Taïwan et les îles Penghu; lui payer une indemnité de 200 millions de taels d’argent; ouvrir au commerce extérieur Shashi, Chongqing, Suzhou et Hangzhou, et accorder au Japon le droit de créer des usines dans toutes les villes commerciales. L’occupation japonaise de la presqu’île du Liaodong à la suite de la signature du traité empêchait la Russie d’étendre son influence dans le Nord-Est. S’alignant avec la France et l’Allemagne, elle demanda donc à la Chine de « racheter » 1a presqu’île au lapon au prix de 30 millions de taels d’argent.

Le Traité de Shimonoseki inaugura une nouvelle étape de l’agression étrangère en Chine. Les provisions qui permettaient aux puissances étrangères d’investir dans les usines en Chine répondaient à leur besoin immédiat d’exporter des capitaux. Elles accélérèrent le processus de colonisation de la Chine. Cependant, le peuple chinois accueillit le traité avec une indignation extrême. Il condamna les crimes des agresseurs, dénonça 1a trahison du gouvernement des Qing, s’opposa à la cession de Taïwan et au paiement des indemnités et exigea la résistance à l’agression. Quand la nouvelle de l’annexion de Taïwan au Japon parvint à cette province insulaire, la population de Taibei protesta en battant des gongs et en fermant les boutiques. La population de Taïwan publia des proclamations […] Les personnalités locales envoyèrent des télégrammes à la cour des Qing pour s’opposer à la cession des territoires.

En mai, l’armée japonaise débarqua au nord-est de Jilong, à l’extrémité nord de Taïwan. Le gouverneur Tang Jingsong s’enfuit […] et Taibei tomba sans combattre. Les habitants locaux, Han et Gaoshan, s’organisèrent en une armée de volontaires sous le commandement de Xu Xiang et d’autres […]

Dans la bataille de Zhanghua, la plus grande livrée contre le gros des forces japonaises, les volontaires chinois et les Pavillons noirs mirent hors de combat un grand nombre de soldats ennemis, tout en subissant eux-mêmes de lourdes pertes […] Faute de ravitaillement et de renforts, la ville succomba. Dans la défense de l’île, l’armée et la population mirent hors de combat 30 000 soldats ennemis dans l’espace de cinq mois, et pendant le demi-siècle de l’occupation japonaise qui suivit, les différentes ethnies de Taïwan continuèrent sans défaillance leur résistance.»

Baï Shouyi (dir.), Précis d’histoire de Chine, Beijing, Éditions en langues étrangères, 1988, p. 480-481.

Les impérialismes occidentaux au début du XXe siècle

«Après la Guerre sino-japonaise, la Grande-Bretagne, la Russie, les États-Unis, le Japon, la France et l’Allemagne se disputèrent les meilleures parts dans le démembrement de la Chine. Le partage de la Chine se déroula à une époque où les principaux pays capitalistes étaient parvenus au stade de l’impérialismeAllusion au principe léniniste selon lequel l’impérialisme serait le stade suprême du capitalisme. On sait aujourd’hui que l’impérialisme colonial peut aussi se révéler un boulet ou une béquille pour certains secteurs du capitalisme.

Tout en écoulant leurs marchandises et en accaparant les matières premières, les puissances impérialistes rivalisèrent dans l’investissement des capitaux en Chine. Elles accordèrent des crédits au gouvernement des Qing et ouvrirent de nouvelles banques, telles la Banque d’Indochine, tenue par les Français, la Banque russo-chinoise et, plus tard, l’International Banking Corporation des État-Unis. Elles ouvrirent des usines, construisirent des chemins de fer et exploitèrent des mines, établissant leur contrôle et leur monopole sur les finances et l’économie chinoises.

Les puissances impérialistes se taillèrent encore des « territoires à bail » et des sphères d’influence en Chine. En novembre 1897, l’Allemagne, soutenue par la Russie, envoya des troupes occuper la baie de Jiaozhou de la province du Shandong. En 1898, commença une course effrénée des puissances impérialistes pour s’emparer des ports maritimes et s’assurer des zones d’influence en Chine. L’Allemagne prit à bail la baie de Jiaozhou et obtint le droit de construire deux chemins de fer au Shandong et d’exploiter des mines en deçà de 15 kilomètres le long de ces lignes, établissant sa propre sphère d’influence dans cette province. La Russie, qui avait, en 1896, forcé le gouvernement des Qing à signer l’Accord pour la construction et l’administration du chemin de fer de la Chine de l’Est, lui donnant le droit de construire cette voie ferrée dans le Heilongjiang et le Jilin, loua par la suite Lüshun et Dalian et obtint en même temps le droit de construire et de gérer une branche de ce chemin de fer qui menait à Dalian, de sorte que le Nord-Est devint sa sphère d’influence. La France acquit à bail Guangzhouwan (aujourd’hui Zhanjiang, province du Guangdong), obtint le droit de construire un chemin de fer reliant le Vietnam au Yunnan et demanda que le Yunnan, le Guangdong et le Guangxi ne soient cédés à aucun pays tiers, établissant ainsi sa sphère d’influence dans ces trois provinces. La Grande-Bretagne qui s’était assuré une sphère d’influence dans la vallée du Changjiang, loua alors la presqu’île de KowloonSite de Hong-Kong. et le port de Weihaiwei pour contrebalancer l’influence française et russe et maintenir sa position dominante dans la vallée du Changjiang. Le Japon, qui s’était emparé de Taïwan, se mit à englober dans sa sphère d’influence la province du Fujian.

Alors que ces puissances impérialistes se disputaient des sphères d’influence en Chine, les États-Unis, qui se préparaient à faire la guerre avec l’Espagne pour la possession des Philippines, manquaient au partage du butin. En 1899, ils se mirent à proclamer une politique de « porte ouverte » qui, tout en reconnaissant les sphères d’influence et les privilèges des différentes puissances en Chine, exigeait l’ouverture de ces territoires à bail et de ces sphères d’influence, afin de permettre aux États-Unis de partager les mêmes privilèges et possibilités. La Grande-Bretagne fut la première à donner son consentement, suivie par les autres puissances. Dès lors, les États-Unis ne cessèrent d’étendre leur agression en Chine […]»

Baï Shouyi (dir.), Précis d’histoire de Chine, Beijing, Éditions en langues étrangères, 1988, p. 481-482.

«Le mouvement de la culture nouvelle de 1915 à 1919 comportait de sérieuses insuffisances dues aux conceptions bourgeoises de ses dirigeants. Il n’atteignait pas les masses, ne se liait pas étroitement aux mouvements politiques du moment et traitait les problèmes culturels de façon formaliste. Cependant, dans ses attaques dirigées contre le féodalisme[Pour le sens de l’histoire marxistes, le féodalisme est la phase succédant à l’esclavagisme antique et précédent la révolution bourgeoise. En français, le terme féodalisme est à éviter.[/footnote], il est allé plus loin que tout autre […] Il a joué un rôle majeur en aidant la jeunesse intellectuelle à se délivrer des entraves de la pensée ancienne; il a encouragé la recherche d’une voie pour le salut du pays et du peuple. Pionnier idéologique du Mouvement du 4-Mai, il a pavé la voie à la diffusion du marxisme-léninisme en Chine.

Les salves de la Révolution d’Octobre nous apportèrent le marxisme-léninisme. La victoire de la Révolution d’Octobre 1917 […] fut accueillie avec le plus grand enthousiasme par les éléments progressistes chinois, qui se mirent à étudier et à propager le marxisme-léninisme et à repenser les problèmes de la Chine à la lumière de cette doctrine. Au cours de la diffusion du marxisme-léninisme apparut le premier groupe d’intellectuels chinois dotés des premiers éléments de l’idéologie communiste. Dans son Étude comparée des révolutions française et russe, publiée […] en 1918, Li Dazhao soulignait le caractère socialiste de la Révolution d’Octobre et appelait le peuple chinois à saluer la nouvelle vague de la révolution. Il prévoyait dans La victoire du bolchevisme, publiée en novembre, « l’apparition, […] demain, d’un monde de drapeaux rouges ».

Dès les premiers temps de la propagation du marxisme-léninisme en Chine, Mao Zedong a représenté la juste ligne qui combine la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique de la révolution chinoise.

Avec le développement rapide du mouvement de la culture nouvelle en un mouvement pour l’étude et la diffusion du marxisme-léninisme, la révolution chinoise se changea […] en une révolution de démocratie nouvelle. Le 4 mai 1919, les étudiants de Beijing organisèrent une manifestation anti-impérialiste et anti-féodale qui se transforma en un impétueux mouvement national d’étudiants, d’ouvriers et d’autres couches de la population, connu sous le nom de Mouvement du 4 Mai. Ce mouvement marqua la fin de la révolution démocratique de type ancien, dirigée par la bourgeoisiePour les marxistes, la révolution bourgeoise qui débouche sur la démocratie libérale bourgeoise., et le début de la révolution de démocratie nouvelleLa démocratie bourgeoise doit être renversée par la révolution prolétarienne qui devra établir la dictature du prolétariat afin d’empêcher toute contre-révolution, pour que la nouvelle phase socialiste puisse atteindre le stade du communisme caractérisé par une société sans classe marquant la fin de l’histoire. La « démocratie nouvelle » renvoie au concept de démocratie populaire., menée sous la direction du prolétariat.»

Baï Shouyi (dir.), Précis d’histoire de Chine, Beijing, Éditions en langues étrangères, 1988, p. 534-535.
Un point de vue chinois et marxiste-léniniste sur les traités inégaux : incurie impériale et héroïsme populaire
Baï Shouyi (dir.), Précis d'histoire de Chine, Beijng, Éditions en langues étrangères, 1988.