À peine avait-on signifié à Louis Capet la proclamation du Conseil exécutif provisoire relatif à son supplice, qu’il a demandé à parler à sa famille ; les commissaires lui ayant montré leur embarras, lui proposèrent de faire venir sa famille dans son appartement, ce qu’il accepta. Sa femme, ses enfants et sa sœur vinrent le voir ; ils consédèrent ensemble dans la chambre où il avait coutume de manger ; l’entrevue a été de 2h30 ; la conversation fut très chaude…….. Après que la famille se fut retiré, il dit au commissaire qu’il avait fait une bonne mercuriale à sa femme.

Sa famille l’avait prié de le voir le matin ; il se débarrassa de cette question en ne répondant ni oui ni non. Madame ne l’a pas vu davantage. Louis criait dans sa chambre : les bourreaux ! Les bourreaux ! ……. En adressant la parole à son fils, Marie-Antoinette lui dit : apprenez par les malheurs de votre père à ne pas vous venger de sa mort…

Le matin de sa mort Louis avait demandé des ciseaux pour se couper les cheveux, ils lui furent refusés.

Lorsqu’on lui ôta son couteau, il dit : me croirait-on assez lâche pour me détruire…

Le commandant–général et les commissaires de la commune sont montés à 8h30 du matin dans l’appartement où était Louis Capet, le commandant lui a signifié l’ordre qu’il venait de recevoir pour le conduire au supplice : Louis lui a demandé trois minutes pour parler à son confesseur, ce qui lui a été accordé. Un instant après Louis a présenté un paquet à un des commissaires, avec prière de le remettre au Conseil–Général de la Commune : le Citoyen Jacques Roux a répondu à Louis qui ne pouvait s’en charger, parce que sa mission était de le conduire au supplice : mais il a chargé un de ses collègues, de services au Temple, de remplir le vœu de Louis. Il a accepté cette proposition. Louis a dit alors au Commandant-Général qu’il était prêt, et en sortant de son appartement il a prié les Officiers Municipaux de recommander à la Commune les personnes qui avaient été à son service, et de la prier de vouloir bien placer auprès de la Reine Cléry, son Valet-de-chambre ; Il s’est rétracté, et a dit : auprès de ma femme ; il a été répondu à Louis que l’on rendrait compte au conseil de ce qu’il demandait.

Louis a traversé à pied la première cour, dans la seconde il est monté dans une voiture où était son Confesseur et deux Officiers de gendarmerie (l’Exécuteur l’attendait à la place de la Révolution.) Le cortège a suivi les boulevards jusqu’au lieu du supplice ; le plus grand silence régnait tout le long du chemin ; Louis lisait les prières des agonisants ; il est arrivé à dix heures dix minutes à la place de la Révolution. Il s’est déshabillé, est monté à l’échafaud avec fermeté et courage, il a voulu haranguer le Peuple, mais l’Exécuteur des jugements criminels, d’après l’ordre du Général Santerre et au bruit des tambours, l’a mis en devoir de subir son Jugement. La tête de Louis est tombée ; elle a été mise en spectacle ; aussitôt mille cris, vive la Nation, vive la République Française, se sont faites entendre. Des Volontaires ont teint leurs piques, d’autres leurs mouchoirs, dans le sang du tyran. Le cadavre a été transporté sur le champ et déposé dans l’église de la Madeleine où il a été inhumé entre les personnes qui périrent le jour de son mariage, et les Suisses qui furent massacrés le 10 août. Sa fosse avait douze pieds de profondeur et six de largeur.

Journal de Paris, 22 janvier 1793, page 4, extrait.

L’orthographe a été légèrement modernisée. Les majuscules d’origine ont été conservées.

Note : faire une mercuriale = faire des remontrances, réprimander

 

Louis XVI avec son confesseur Edgeworth, un instant avant sa mort le 21 janvier 1793, estampe réalisée vers 1795, source : Stanford.edu