La science au XVIIe siècle. Galilée
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La science au XVIIe siècle. Galilée

Bruno Modica, Jean-Baptiste Noé
vendredi 28 juillet 2017


Portrait de Galileo Galilei par Giusto Sustermans en 1636

Sources

« Alors Josué parla au Seigneur, le jour où le Seigneur livra les Amorrhéens aux enfants d’Israël, et il dit à la vue d’Israël : Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, Lune, sur la vallée d’Ajalon !
Et le Soleil s’arrêta, et la Lune se tint immobile, jusqu’à ce que la nation se fût vengée de ses ennemis. Cela n’est-il pas écrit dans le livre du Juste ? Et le Soleil s’arrêta au milieu du ciel, et ne se hâta point de se coucher, presque un jour entier. »
Livre de Josué, chapitre 10, versets 12-13.

« Bien que ces hypothèses [celles de Ptolémée] paraissent sauver les apparences, il ne faut pas affirmer qu’elles sont vraies, car on pourrait peut-être expliquer les mouvements apparents des astres par quelques autres procédés que les humains n’ont point encore conçus. »
Thomas d’Aquin, Somme théologique. Saint Thomas envisage ici une éventuelle rotation de la Terre sur elle-même, pas une rotation de la Terre autour du Soleil.

« Je dis que, s’il y avait une vraie démonstration que le Soleil se tient au centre du monde et la Terre dans le troisième ciel, et que le Soleil ne tourne pas autour de la Terre, mais que la Terre tourne autour du Soleil, alors il faudrait procéder avec beaucoup d’attention pour expliquer les Écritures qui semblent contraires à cette démonstration, et il faudrait plutôt dire que nous ne les comprenons pas plutôt que dire que serait faux ce qui est démontré. Mais je ne croirai pas qu’une telle démonstration existe aussi longtemps qu’elle ne me sera pas montrée. »
Cardinal Robert Bellarmin, lettre à Catherine de Lorraine.

« Il est évident pour nous que cette Terre se meut réellement, mais nous ne nous en apercevons pas, car nous ne pouvons saisir le mouvement que par la comparaison avec un point fixe. »
Cardinal Nicolas de Cues, De docta ignorantia, 1440.

« Je dédie mon livre à Votre Sainteté, pour que tout le monde, les savants et les ignorants, puisse voir que je ne fuis pas le jugement et l’examen. Votre autorité et votre amour pour les sciences en général, et pour les mathématiques, en particulier, me serviront de bouclier contre les méchants et perfides détracteurs. (…) S’il se rencontrait par hasard de ces mathéologues qui se permettent de juger les questions mathématiques tout en les ignorant complètement, pour attaquer mon œuvre grâce à quelques passages de l’Écriture torturée à plaisir, je ne m’y arrêterai pas ; je méprise d’avance leur jugement téméraire. (…) La crainte de devenir, à raison de la nouveauté, un objet de risée m’avait presque fait renoncer à l’entreprise. Quand j’hésitais et résistais, mes amis me stimulaient. Le premier était Nicolas de Schönberg, cardinal de Capoue, homme d’une grande érudition. D’autre, mon meilleur ami, Tiedemann Gysisus, évêque de Culm, aussi versé dans les Saintes Écritures qu’expert dans les autres sciences. Ce dernier m’engageait souvent et me pressait de publier l’œuvre que je gardais depuis plus de vingt-sept ans. Il me prédisait que plus ma théorie sur le mouvement de la Terre paraissait absurde, plus elle serait admirée quand la publication de mes commentaires aurait dissipé les doutes par les démonstrations les plus claires. Cédant à ces instances et me berçant du même espoir, je consentis à l’édition de l’ouvrage. »
Dédicace de l’ouvrage de Nicolas Copernic au pape Paul III.

« Ce fou de Copernic veut bouleverser toute l’astronomie ; mais l’Écriture dit que Josué arrête le Soleil et non la Terre. (…) On mentionnait un nouvel astronome qui aurait prouvé que la Terre se meut, et non pas le ciel, le Soleil ou la Lune, exactement comme quelqu’un qui se déplaçant sur un char ou un navire, croirait être en repos, tandis que la Terre et les arbres se déplaceraient. Mais maintenant, c’est comme ça : quiconque veut être malin, rien ne doit lui plaire de ce que les autres estiment : il doit se distinguer, comme le fait celui qui veut renverser l’astronomie tout entière. Que l’astronomie soit aussi confuse que l’on veut, moi je crois dans l’Écriture Sainte, car Josué a ordonné de se tenir en repos au Soleil, et non pas à la Terre. »

Luther, Propos de table, 1566, pp. 13-14. Propos tenus en 1539.

« La Sainte Écriture ne peut ni mentir ni se tromper, la vérité de ses paroles est absolue et inattaquable. Mais ceux qui l’expliquent et l’interprètent peuvent se tromper de bien des manières et l’on commettrait de nombreuses et funestes erreurs si l’on voulait toujours s’en tenir au sens littéral des mots : on aboutirait en effet à des contradictions grossières, à des erreurs, à des doctrines impies, puisqu’on serait forcé de dire que Dieu a des mains, des pieds, des yeux, etc. (…) L’Écriture Sainte et la nature viennent toutes deux de la parole divine ; l’une a été inspirée par l’Esprit-Saint et l’autre exécute fidèlement les lois établies par Dieu. Mais pendant que la Bible, s’accommodant à l’intelligence du commun des hommes, parle en bien des cas, et avec raison, d’après les apparences, et emploie des termes qui ne sont point destinés à exprimer la volonté absolue, la nature se conforme rigoureusement aux lois qui lui ont été données. On ne peut pas, en faisant appel à des textes de l’Écriture Sainte, révoquer en doute un résultat manifeste acquis par de mûres observations ou par des preuves suffisantes.
Le Saint-Esprit n’a pas voulu dans l’Écriture nous apprendre si le ciel est en mouvement ou immobile, s’il a la forme d’une sphère ou celle d’un disque, qui de la Terre ou du Soleil se meut ou reste en repos. Puisque l’Esprit-Saint a omis à dessein de nous instruire des choses de ce genre, parce que cela ne convenait pas à son but qui est le salut de nos âmes, comment prétendre qu’il est nécessaire de soutenir en ces matières telle ou telle opinion, que l’une est de foi et l’autre une erreur ? »
Galilée, lettre à Benoît Castelli (1613), bénédictin et mathématicien, professeur à l’université de Pise.

« Il me semble que Votre Révérence et le Seigneur Galilée agiront prudemment en se contentant de parler par hypothèses et non pas absolument, car c’est ainsi que j’ai toujours compris que Copernic a parlé.
Je dis que, s’il y avait une vraie démonstration que le Soleil se tient au centre du monde et la Terre dans le troisième ciel, et que le Soleil ne tourne pas autour de la Terre, mais que la Terre tourne autour du Soleil, alors il faudrait procéder avec beaucoup d’attention pour expliquer les Écritures qui semblent contraires à cette démonstration, et il faudrait plutôt dire que nous ne les comprenons pas plutôt que dire que serait faux ce qui est démontré. Mais je ne croirai pas qu’une telle démonstration existe aussi longtemps qu’elle ne me sera pas montrée. »
Cardinal Robert Bellarmin, lettre à Paolo Foscarini (1615), théologien et mathématicien.

« Nous, Robert, cardinal Bellarmin, informé que le seigneur Galileo Galilei a été calomnié et qu’on lui reproche d’avoir fait entre nos mains abjuration de ses erreurs ainsi que de s’être vu condamner à subir des pénitences imposées ; après des recherches faites à cette occasion, nous affirmons, conformément à la vérité, que le dit Galilei n’a fait ni entre nos mains, ni entre celles d’autres personnes à Rome ou ailleurs que nous sachions, aucune espèce d’abjuration d’aucune de ses opinions ou doctrines, qu’il n’a pas non plus reçu de pénitence salutaire ni d’autre sorte ; seulement, on lui a notifié la déclaration de Notre Saint Père publiée par la Sacrée Congrégation de l’Index, du contenu de laquelle il résulte que la doctrine attribuée à Copernic à savoir : que la Terre se meut autour du Soleil et que le Soleil occupe le centre du monde sans se mouvoir de l’Orient à l’Occident est une doctrine contraire aux Saintes Écritures et qu’en conséquence on ne peut ni la défendre ni la soutenir. »

Cardinal Robert Bellarmin, lettre au sujet de la convocation de Galilée devant le tribunal de l’Inquisition, 1616.

NB : ce que l’Inquisition reproche à Galilée, ce n’est pas de défendre la thèse de Copernic, thèse approuvée par Paul III et Bellarmin, mais de ne pas pouvoir démontrer cette thèse. On lui demande donc de rester dans l’hypothèse et de ne pas affirmer une théorie scientifique qu’il ne peut pas démontrer.

Chefs d’accusation reprochés à Galilée lors du procès de 1633 :

« 1/ Avoir mis en tête du livre l’imprimatur de Rome, sans ordre.
2/ Avoir imprimé la préface avec un caractère distinct, l’avoir ainsi rendue inutile et comme étrangère au corps de l’ouvrage ; avoir mis la saine doctrine de la fin dans la bouche d’un sot.
3/ Être tombé très souvent en faute dans le cours de l’ouvrage et être sorti de l’hypothèse, soit en affirmant d’une manière absolue le mouvement de la Terre et la stabilité du Soleil, soit en qualifiant les arguments sur lesquels on s’appuie, de démonstratifs et de nécessaires, soit en regardant comme impossible la négation de cette opinion.
4/ Avoir traité le sujet comme s’il n’était pas décidé à l’avance (…).
5/ Avoir méprisé les auteurs contraires à l’opinion soutenue bien que ce fussent ceux qui sont employés le plus souvent par l’Église.
6/ Avoir faussement affirmé et déclaré qu’une certaine égalité existerait pour comprendre les données géométriques entre l’intellect humain et l’intellect divin.
7/ Avoir présenté comme une vérité que les partisans de Ptolémée se rangeaient du côté des partisans de Copernic tout en niant que la réciproque fut vraie.
8/ Avoir mal rattaché l’existence du flux et du reflux de la mer à la stabilité du Soleil et au mouvement de la Terre qui n’existent pas. »

« Je lui ai fait comprendre et clairement reconnaître son erreur, et il a admis qu’il était allé trop loin dans son livre. (…) De cette manière l’affaire va pouvoir se régler sans difficulté. Le Tribunal conservera sa réputation, le coupable pourra être traité avec mansuétude et, quel que soit le résultat final, il saura qu’il a reçu un traitement de faveur, et saura l’apprécier. »
Lettre de Vincenzo Maccolano, commissaire du Saint-Office, au pape Urbain VIII, 27 avril 1633.

« Nous disons, prononçons, jugeons, déclarons que toi, Galilei susnommé, pour les motifs exposés dans le procès, et avoués par toi comme dessus, tu t’es rendu pour ce Saint-Office, véhémentement suspect d’hérésie, en ce que tu as cru et soutenu une doctrine fausse et contraire à la Sacrée et Divine Écriture, savoir que le Soleil est le centre du Monde ; et qu’on peut tenir et défendre une opinion comme probable après qu’elle a été déclarée et définie contraire à la Sainte Écriture ; et que tu as conséquemment encouru toutes les censures et peines édictées et promulguées contre les délinquants par les Sacrés Canons et les autres constitutions générales et particulières.
Il Nous plaît de t’en absoudre, pourvu qu’auparavant avec un cœur sincère et une foi non feinte, en Notre présence, tu abjures, tu maudisses et détestes les susdites erreurs et hérésies et toute autre erreur et hérésie contraire à l’Église Catholique, Apostolique et Romaine, selon la formule qui te sera par Nous donnée.
(…) Nous ordonnons que par un édit public soit prohibé le livre des Dialogues de Galileo Galilei ; Nous te condamnons à la prison formelle de ce Saint-Office pour le temps qu’il Nous plaira de déterminer ; et à titre de pénitence salutaire, Nous t’imposons de réciter pendant trois ans, une fois la semaine, les sept psaumes de la pénitence. »

Sentence rendue par les juges de la congrégation du Saint-Office, 1633.

« Moi, Galileo Galilei, fils de feu Vincenzio Galilei de Florence, âgé de soixante-dix ans, personnellement en état de jugement et agenouillé devant vos Éminentissimes et Révérendissimes Seigneuries les Cardinaux Inquisiteurs Généraux contre les crimes d’hérésie dans l’universalité de la République Chrétienne, ayant sous les yeux les Saints Évangiles que je touche de mes mains, je jure que j’ai toujours cru, que je crois maintenant et qu’avec l’aide de Dieu, je croirai à l’avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la Sainte Église catholique, apostolique et romaine.
Mais attendu qu’après avoir reçu de ce Saint-Office l’injonction d’abandonner absolument la fausse opinion que le Soleil est le centre du monde et immobile et que la Terre n’est pas le centre et se meut et la défense de tenir, de défendre et d’enseigner cette susdite fausse doctrine d’aucune manière, de vive voix ou par écrit : et attendu qu’après avoir reçu notification que cette doctrine est contraire à la Sainte Écriture, j’ai écrit et fait imprimer un livre dans lequel j’expose cette même doctrine déjà condamnée et que j’apporte en sa faveur des preuves très efficaces sans toutefois donner aucune solution. (…) J’abjure, je maudis, je déteste les susdites erreurs et hérésie. »
Déclaration de Galilée à l’issu de la sentence, 1633.

NB : la formule « agenouillé devant vos Éminentissimes » est purement oratoire, Galilée est resté debout durant la lecture de cette déclaration.

Analyses du procès de Galilée

« En fait, Galilée n’avait pas réussi à prouver de façon irréfutable la double mobilité de la Terre (…) alors qu’il avait la conviction d’en avoir trouvé la preuve dans les marées océaniques, dont Newton seulement devait démontrer la véritable origine. (…) Il fallut plus de 150 ans encore pour trouver les preuves optiques et mécaniques de la mobilité de la Terre. (…)
De leur côté, les adversaires de Galilée n’ont, ni avant ni après lui, rien découvert qui put constituer une réfutation convaincante de l’astronomie copernicienne. Les faits s’imposèrent et firent bientôt apparaître le caractère relatif de la sentence donnée en 1633. Celle-ci n’avait pas un caractère irréformable. En 1741, devant la preuve optique de l’orbitation de la Terre autour du Soleil, Benoît XIV fit donner par le Saint-Office l’imprimatur à la première édition des Œuvres complètes de Galilée.
Cette réforme implicite de la sentence de 1633 s’explicita dans le décret de la Sacrée congrégation de l’Index qui retirait de l’édition de 1757 du Catalogue des Livres interdits les ouvrages en faveur de la théorie héliocentrique. »
Discours du cardinal Paul Poupard à l’Académie Pontificale des Sciences, 31 octobre 1992.
« Une double question est au cœur du débat dont Galilée fut le centre.
La première est d’ordre épistémologique et concerne l’herméneutique biblique. À ce propos, deux points sont à relever. D’abord, comme la plupart de ses adversaires, Galilée ne fait pas de distinction entre ce qu’est l’approche scientifique des phénomènes naturels et la réflexion sur la nature, d’ordre philosophique, qu’elle appelle généralement. C’est pourquoi il a refusé la suggestion qui lui était faite de présenter comme une hypothèse le système de Copernic, tant qu’il n’était pas confirmé par des preuves irréfutables. C’était pourtant là une exigence de la méthode expérimentale. »
Jean-Paul II, discours à l’Académie Pontificale des Sciences du 31 octobre 1992.

« Il y avait très peu de magie au Moyen Âge ; c’est au seizième et au dix-septième siècle que la magie a atteint son apogée. L’investigation magique et l’investigation scientifique, menées avec sérieux, sont deux entreprises jumelles : l’une était malade et mourut ; l’autre était vigoureuse et a prospéré. Mais c’étaient bien des sœurs jumelles. Elles sont nées du même désir. (…)
Il y a quelque chose qui unit la magie et la science appliquée tout en les séparant toutes les deux de ce que les siècles précédents appelaient la ″sagesse″. Pour les sages d’autrefois, le problème essentiel était de mettre l’âme en conformité avec la réalité, et les moyens d’y parvenir étaient principalement la connaissance, l’autodiscipline et la vertu. Pour la magie, aussi bien que pour la science appliquée, le problème principal est de soumettre la réalité aux désirs humains ; et la solution est une technique ; dans la mise en pratique de cette dernière, toutes les deux sont disposées à faire des choses considérées jusqu’alors comme repoussantes et impies —comme déterrer et mutiler les morts. »

Clive Staple Lewis, L’abolition de l’homme, Éditions Raphaël, page 92, livre paru en 1943.

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