Archives municipales de Saint-Quentin, Aisne

Extrait du registre des correspondances du Conseil de la commune de Saint-Quentin (1794)

Les textes présentés ici proviennent d’un registre manuscrit conservé aux Archives municipales de Saint-Quentin et qui fut consulté en 1993-1994 dans le cadre d’un travail avec les élèves du collège Gaston Boucourt de Roisel (Somme), à 18 km de Saint-Quentin (Aisne). On recopiait dans ce registre toutes les correspondances officielles au départ de la commune. L’orthographe est scrupuleusement respectée. Elle peut être erronée (apele) ou tout simplement d’époque (représentans). Le fait qu’il s’agisse de copies permet d’avoir, grâce à une rature, une information supplémentaire sur ce qu’on décide d’écrire. Les sujets abordés témoignent des relations entre la commune et son district (subdivision du département) ou entre la commune et le représentant du peuple envoyé par le gouvernement. L’une des lettres a pour destinataire Fouquier-Tinville, accusateur public du tribunal révolutionnaire. On trouve aussi des informations concernant les civilités révolutionnaires, l’usage du calendrier républicain, les subsistances, le cheminement bureaucratique entourant la construction de fortification ou les rapports de force autour des processus d’arrestation de suspects. Sur l’original manuscrit, la date et le destinataire sont en marge dans la colonne de gauche. Il est probable que la mise en page de ces minutes soit plus ramassée et moins soignée que celle des courriers originaux. Les transcriptions incertaines sont entre crochets et sont de la responsabilité de votre serviteur.


Le 14 pluviôse
Le substitut de l’agent national de la municipalité a celui du district

Citoyen Collègue tu trouveras cy joint, L’état du prix des bois de charpente et autre matériaux propres aux travaux de fortifications, et des journées, des ouvriers charpentiers maçons menuisiers & tu voudras bien m’en accuser réception.

Salut et fraternité.


Le même jour au même

Citoyen collègue je t’envoye extrait d’un arrêté du Conseil de la Commune date du neuf du courant ; portant invitation à celui du district, de mettre en requisition pour le chauffage des corps de garde de cette place, les bois de corde surabondans qui sont chez les citoyens pardieu à Vadancourt et lefevre, cultivateur à la ferme du fayet, commune du grand Essigny, je n’ai point besoin d’exciter ton zèle, et ton activité, notre situation t’est bien connue ; nous manquons absolument de bois, nos demarches ont eté infructueuses jusqu’à présent pour nous en procurer, Salut et fraternité.

NB – Le citoyen Pardieu semble bien être le ci-devant comte Félix de Pardieu, seigneur de Vadancourt, ancien officier, ancien représentant du bailliage de Saint-Quentin (Vermandois), inquiété cette année-là pour avoir signé un texte fédéraliste mais finalement relâché. Fayet n’est pas l’actuelle commune du même nom mais un lieu-dit d’Essigny-le-Grand au sud de Saint-Quentin.


Le même jour au même

Citoyen collègue je m’empresse de te faire parvenir extrait d’un arrêté du Conseil de la commune, les besoins de nos concitoyens sont urgents, les boulangers, manquent de bled, ne perd point de vue la demande du Conseil de la Commune.

Salut et Fraternité


Le même jour au même

Citoyen collègue, cy joint extrait d’un arrêté de la Commune tendant à ce que l’administration du district apele aux fonctions notable les citoyens Lefranc lejeune et Doutard, tous deux d’un patriotisme bien prononcé. Salut et Fraternité.

NB- Un Lejeune est représentant en mission à la même époque sans qu’on sache s’il s’agit du même.


Le 15 pluviôse
Le substitut de l’agent national de la municipalité a celui du District,

Citoyen collègue , cy joint l’état du prix des graines de lin et de chanvre envoyés dans la Commune de St Quentin pour servir de base à leur taxation suivant les dispositions du décret du 29 7bre vieux stile tu voudras bien m’en accuser réception.

Salut et Fraternité


A la suite d’une visite de Saint-Just et Lebas à Saint-Quentin le 27 pluviôse an II, tous les ci-devant nobles de Saint-Quentin sont arrêtés. Les prisons et autres lieux de détentions sont à ce moment saturés. Le conseil de district (subdivision du département fait alors libérer vingt prisonniers parmi lesquels Possel, ancien maire de Saint-Quentin. On constate par ailleurs l’absence de registre d’écrou. C’est dans ce contexte que les conseillers de la commune de Saint-Quentin s’adressent le 12 germinal (moins de deux mois plus tard) au citoyen Roger Commissaire des représentans du peuple. On ne sait pourquoi le détail des signataires est finalement raturé sur le registre.

Source pour le contexte : Me Gorisse « Le conseil de district de Saint-Quentin (1792-1794). Sa politique à l’égard du clergé et de la noblesse (mars 1965)», Compte-rendu des séances de la Société académique de Saint-Quentin, 1965, p. 95.

 


Du 12 germinal 2e année
Les membres du Conseil général de la commune de Saint-Quentin au Citoyen Roger

Citoyen
Nous apprenons à l’instant que deux citoyens patriotes de notre commune ont été arrêtés cette nuit par tes ordres, nous ne doutons pas de tes pouvoirs , mais tu connais tes devoirs, tu dois les faire enregistrer, et en donner connaissance aux membres du Conseil de la commune qui sont les premiers magistrats du peuple, sans quoi tes actes d’autorité ne peuvent être regardés que comme illégaux et arbitraires, nous t’invitons en conséquence à te rendre au milieu de nous pour nous donner connaissance des pouvoirs dont tu peux être revêtu. Signé tous les membres excepté possel […]


 

24 floréal – L’agent national de la Commune à son collègue du district

Il ne m’est encore parvenu rien sur la dilapidation d’un agent des [ennemis] de la République, j’ai vu différentes personnes que je croyais instruites, elles ne savent non plus rien, aussitôt qu’il me parviendra quelque chose, je te le ferai passer.

Salut et fraternité


L’agent national de la Commune à celui du district le 26 floréal, 2e année

Différents nobles mis en arrestation par mesure de sûreté générale réclament aujourd’hui leur liberté fondés sur la loi du 27 au 28 germinal, et de l’arrêté du comité de Salut public, attendu que cette opération t’est attribuée, vu que presque tous sont de l’étendue du District, je t’invite à faire prendre au District un arrêté conforme à la loi qui nous autorise à les mettre en liberté.                                                                  Signé [XXX] Vignon


Le Conseil général de la commune de Saint-Quentin
au citoyen Fouquier Tinville accusateur public,
du 27 floréal 2e

Le Comité révolutionnaire de cette cité a communiqué au Conseil la lettre du 21 floréal par laquelle on lui demande les pièces relatives à la nommée Roland mais comme elles sont dépendantes de celles de Philippine réfugiée de Valencienne, prévenue d’émigration, et des interrogatoires de Menu, aussi réfugiée, prévenue de l’avoir favorisée, elles ont été remises au Directoire du juré de cette commune qui a fait traduire les susdites prévenues au tribunal criminel de Laon.
Les délits des susnommées et leur conduite dans cette commune, étant liée avec celle du nommé Roger, ci-devant Commissaire des représentans du peuple, et qui a fait abus de ses pouvoirs dans cette commune, nous te faisons passer l’exposé de la conduite dudit Roger, et la nature de ses liaisons ici avec la femme Roland, et leur agent, tu jugeras dans ta sagesse ce que tu en dois faire et s’il ne convient pas d’appeler les deux prévenus [-ci-dessus-] au même tribunal que la nommée roland [pour] les rapports qui se trouvent entr’eux, et dans leur conduite pendant leur séjour en cette cité, tu trouveras ci-joint les pièces de l’accusation contre la nommée Philippine Thieri et menu tu voudras bien nous accuser le reçu de ces pièces.

Salut et fraternité

NB – On ne sait de quelle Mme Roland il s’agit. Manon Roland est guillotinée plusieurs mois auparavant.

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Archives municipales de Saint-Quentin (Aisne). Registre contenant copies de la correspondance au départ du Conseil général de la ville