Le temps présent est la période de vie du témoin de l’événement. Dans l’histoire du temps présent, le témoin fait histoire. L’histoire du temps présent est donc une observation « de nature historique » qui porte sur un temps dont l’observateur est contemporain.

Les méthodes de mise à distance, de vérifications des faits énoncés et décrits propres à l’histoire sont utilisées. Mais il y a des inter-réactions entre l’historien (l’observateur) et l’acteur (le témoin) qui ont obligé cette « discipline » à élaborer et à mettre en œuvre de nouvelles méthodes, de nouvelles approches de travail sur le témoignage, le document. Cela pose la question de qui porte témoignage, pourquoi et quand ce témoignage est reçu ; quelle est sa véracité, sa partialité, etc. Cette approche impose une réflexion sur ce qu’est un événement : comment distinguer ce qui est de l’ordre du témoignage, du vécu personnel et de l’histoire ? Qui fait cette « mise en histoire » et de quel droit ou sous quelle pression ? L’histoire du temps présent nécessite de « refroidir notre vie, notre histoire», de rendre inactuel ce que l’on a vécu. On fait sortir du présent un fait historique ce qui s’oppose à la mémoire qui prétend maintenir le passé dans le présent : « La mémoire est le présent du passé. »

Progressivement, l’histoire contemporaine a conquis sa place dans le domaine universitaire et une place dominante (40 % des étudiants d’histoire en maîtrise sont inscrits en histoire contemporaine) ; le centre de gravité de l’enseignement de l’histoire dans le supérieur n’est plus l’époque moderne et le Moyen-Âge. Pourquoi ce souci de l’histoire contemporaine ? Il y a un besoin d’histoire qui se focalise sur l’histoire contemporaine et en particulier sur les grandes crises du XXe siècle. Depuis 1983, la revue Les Annales accueille une rubrique Temps présent.
Malgré certaines objections, Robert Frank pense qu’une histoire du temps présent est possible car le métier d’historien doit permettre de mettre en perspective un événement, même proche, ce qui signifie la création d’une épaisseur historique et donc une mise à distance que l’historien doit parvenir à construire intellectuellement. L’histoire du temps présent n’est pas une étude du présent comme dans les autres sciences humaines, car nous avons clairement affaire à une démarche historique et scientifique.
Et l’un des handicaps déjà énoncés peut finalement s’avérer être un avantage. Ne connaissant pas la suite de l’histoire, l’historien du temps présent n’est pas tenté de la fataliser. L’historien du temps présent, du fait même de la proximité, entretient par ailleurs un rapport particulier avec les sources orales. Jacques Le Goff LE GOFF J., Saint Louis, Gallimard, 1996., mais aussi de nombreux historiens modernistes, même s’ils n’ont pas, bien évidemment, interrogés les acteurs de l’époque, se sont intéressés à cette histoire de la mémoire et ont essayé de reconstituer tous les fils de la tradition orale. Ainsi l’Institut d’histoire du temps présent s’est fixé parmi ses premières tâches de tenter de mettre en œuvre une réflexion sur l’histoire orale.

La source orale est en effet une source sur un temps passé et non pas, comme de nombreuses sources écrites, une source contemporaine de l’événement. Cependant, la source écrite peut également être sujette à caution, comme le montre René Rémond: « La source orale est une source comme les autres, à considérer comme les autres parce que, s’il est vrai qu’elle a sa spécificité, il faut savoir également la critiquer. » Ainsi les sources orales doivent être étudiées comme telles, même si elles véhiculent des choses fausses ou des stéréotypes. Ces subjectivités font d’elles des objets d’étude, elles permettent de s’intéresser à l’histoire de la mémoire.

L’approche pédagogique

Comment enseigner l’histoire du temps présent ? En second cycle, l’histoire et la géographie ont pour ambition de donner aux élèves des clefs pour comprendre le monde contemporain. Ainsi les programmes de la classe de troisième et de terminale comportent une partie consacrée à l’étude du monde actuel. On retrouve face à face les termes de « contemporain » et de « temps présent ». Le terme « contemporain » pose un problème de définition. Que met-on sous les vocables de « actuel, présent, contemporain, histoire immédiate » ? L’histoire est l’apprentissage de la temporalité et de l’altérité. La finalité de l’histoire doit-elle buter sur la compréhension de l’actuel ?

L’histoire immédiate se distingue de l’histoire contemporaine, même si elle est bien à proprement parler « une histoire contemporaine dont les acteurs sont vivants ». La masse des processus nouveaux, des faits à prendre en considération s’accroît constamment et cela dans des délais de plus en plus courts. L’histoire du temps présent, c’est l’histoire contemporaine des acteurs, des témoins.

H Rousso / D. Varinois : « Les enjeux épistémologiques de l’enseignement du temps présent » in Apprendre l’histoire et la géographie à l’école, Actes du colloque organisé à Paris, les 12, 13, 14 décembre 2002, sous la direction de M. Hagnerelle, publication MEN, direction de l’enseignement scolaire, p.99-100