Claude Haton est né vers 1534 à Meltz-sur-Seine d’un père laboureur; il est ordonné prêtre en 1555. Après avoir exercé à Provins, il termine sa vie en tant que curé du Mériot (actuel département de l’Aube) et décède en 1605. Vraisemblablement proche de la famille de Guise, catholique réputé intransigeant, Claude Haton est connu pour ses Mémoires rédigées entre 1553 et 1582 et publiées pour la première fois sous le Second Empire par Félix Bourquelot. Depuis, les mémoires de Claude Haton ont fait l’objet d’une réédition en 4 tomes, dirigée par Laurent Bourquin aux éditions du CTHS entre 2001 et 2007.

Malgré quelques exagérations, les écrits de Claude Haton sont un témoignage direct sur l’époque des guerres de religion. Ils rendent compte de ses dernières mais aussi  de la société de son temps (faits divers, rumeurs, diffusion du protestantisme, réactions des populations aux événements…). Elles contiennent également des informations précieuses sur la météo et ses conséquences qui furent une source directe utilisée par Emmanuel Le Roy Ladurie pour ses travaux sur le climat.

Dans l’extrait choisi, Claude Haton décrit les effets de la chaleur et de la sécheresse de l’année 1556 en région parisienne.


 

Cette présente année 1556, dès son commencement, qui fut à la fête de Pasques, entra à la seicheresse et y continua quasi aultant que l’année de devant avoit esté à la pluie; car il fut sans pleuvoir depuis le jour du grand vendredi ou samedi veille de Pasques jusques à la fête de Tousssaint, que une fois, qui fut le jour de la Feste-Dieu, 4 ou 5e jour du moys de juin, auquel il plut environ trois ou quatre heures. Cette pluie fit grand plaisir aux biens de la terre, Car les mars n’avoient sceu lever à moitié et si avec les bleds demeuraient. Et fut l’année fort hastive à cause de ladite seicheresse, qui accéléra les moissons près d’un mois plus tost que de coustume. Il y avoit es environs de la ville de Paris plus de 5oo arpens de seigle soyé es premiers jours de juing; es pays sur la rivière de Seine, depuis Méry jusqu’à Montereau, la moisson des gros grains estoit serrée au jour de la St Thibault ; premier jour de juillet, et celle de la Brie à moitié faicte. Et recueillit-on de tous grains assez petitement, principalement de mars et de fromens, lesquelz, par faute de pluie, n’avaient sceu guères croistre, tant le feurre que les espis, la plus grande part desquelz n’estoient à demy sortis du fourreau, mais furent fort bons.

Ne fault laisser à dire le debvoir que le dévot peuple chrestien et catholicque feit en ce pays de France de prier Dieu, par dévotes prières et grandes processions, tant en une province qu’en l’aultre, pour demander à Dieu sa miséricorde et de l’eau sus la terre; et commança-on dès la mi-mai, en continuant jusqu’au jour de la Fête-Dieu, que le bon Seigneur envoya de la pluie assez compétamment, dont en plusieurs lieux fut chanté le Te Deum laudamus. Les villages de 7 et 8 lieues de Paris alloient en procession audit Paris en l’église de madame Ste Genevieve. Ceux de ladite ville souvent faisoient procession généralle d’une église à l’autre. Ceux de la ville et villages de Mélun alloient en procession en la ville de Corbeil, au corps sainct de mons. St Spire. Ceux du Gastinois et pays de Beauce alloient à Estampes de 5 et 6 lieues alentour, en l’honneur des corps sainctz messieurs Sts Çancien et Cancianille ; ceux de Champagne, les uns alloient à Troyes, aux vierges Ste Mathie et Ste Hélène; aultres alloient à madame Ste Syre; aultres à Nogent sur Seine, à la Belle Dame.

Pour, le regard de la ville de Provins et villages d’alentour, après y avoir faict plusieurs processions généralles et particulières, allèrent un jour de lundi, jour ouvrable, qui estoit le 19e jour du moys de may, en procession aux églises de Nogent et principallement en l’honneur de la vierge Marie et de mons. St Laurent. C’était la première fois, au dire des anciens, que de pareilles processions avaient lieu dans le pays […]

Mémoires de Claude Haton : contenant le récit des événements accomplis de 1553 à 1582, principalement dans la Champagne et la Brie, Paris, Imprimerie Impériale, 1857, Tome 1 / publ. par M. Félix Bourquelot, extrait du chapitre LXIX, p. 30-31

Note : afin de rendre le texte plus lisible, l’écriture a été légèrement modernisée.

 

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