Acronyme de Euskadi ta Askatasuna (« Pays basque et liberté »), ETA est une organisation basque indépendantiste clandestine fondée en  1959, sous la dictature franquiste. Pendant la dictature, les attentats de l’ETA, qui visaient avant tout des membres de la police ou de l’armée au service de Franco, lui valurent une certaine popularité , non seulement au pays basque mais aussi dans le reste de l’Espagne.

Miguel Ángel Blanco

Cependant, l’instauration de la démocratie  en 1978 ne mit pas fin au terrorisme de l’ETA, bien au contraire, contribuant à isoler de plus en plus l’organisation terroriste de la société espagnole  et à l’enfermer dans une spirale meurtrière.

Après l’attentat d’Hipercor à Barcelone en juin 1987, l’assassinat du conseiller municipal du village basque d’Ermua, Miguel Ángel Blanco, en juillet 1997, constitue un événement fondamental dans le rejet du terrorisme par la société et marque à terme l’échec d’ETA. La violence aveugle d’ETA a désormais un visage : celui de Miguel Ángel Blanco.

 

Les deux extraits présentés sont issus de deux grands quotidiens espagnols, El Mundo, journal de centre-droit, et El País de centre-gauche. Publiés le 13 juillet 1997,  le lendemain de l’exécution  du conseiller municipal basque, les deux journaux rappellent les faits et insistent sur les  « manifestations spontanées [qui] ont commencé en Euskadi et dans des centaines de villes du reste de l’Espagne ».

Au delà  de leurs différences politiques, les deux quotidiens s’accordent pour condamner ETA, avec des mots très durs, mais qui sont  à la mesure de l’horreur et de  l’émotion ressenties par le « peuple » espagnol.

L’assassinat de Miguel Ángel Blanco marque donc  bien « un avant et un après »  et « un suicide d’ETA » :  la société basque a vaincu  sa peur et  rejette désormais la violence et le programme de l’ organisation terroriste qui prétendait la représenter.


LE PEUPLE MAUDIT ETA

Des cris de « meurtriers, meurtriers ! », « fils de pute ! et « ETA au poteau! »  alternent avec les larmes et les scènes de douleur à Ermua, Bilbao, Madrid et dans des centaines de villes espagnoles.

« Messieurs de  HB [Herri Batasuna], vous êtes complices de ce fait et ce sang doit peser sur vos consciences », déclare José Antonio Ardanza, qui a convoqué aujourd’hui la Table ronde d’ Ajuria Enea.

« Nous ne sommes pas comme eux, et nous devons être fiers de ne pas être comme eux », affirme le ministre de l’Intérieur, excluant toute riposte incontrôlée contre l’ETA et son entourage.

Dans la matinée, un demi-million de personnes, emmenées par tous les dirigeants démocrates, avaient réclamé en vain la vie de Michel Ángel lors de la plus grande manifestation de l’histoire du Pays basque.

BILBAO

Le conseiller du Parti populaire à la mairie d’Ermua, Miguel Ángel Blanco, a été retrouvé hier, peu avant cinq heures de l’après-midi, ligoté et avec deux balles dans la tête. L’ETA a mis sa menace à exécution et peu après le délai de 48 heures accordé par le groupe terroriste, elle a laissé le corps presque sans vie du jeune homme de 29 ans dans la zone des voies ferrées de Lasarte (Guipúzcoa).

Après avoir appris la nouvelle, des manifestations spontanées ont commencé en Euskadi et dans des centaines de villes du reste de l’Espagne. Au milieu de l’indignation populaire, des milliers de personnes se sont à nouveau réunies comme ils l’avaient déjà fait  hier à midi.

Un demi-million de personnes ont participé hier à une manifestation menée par Aznar ; Dans la capitale de Biscaye et ailleurs, la  multitude se masse aux cris d’ « Assassins, assassins ! » », « Fils de pute ! », « ETA au poteau ! ». À Ermua, plusieurs inconnus ont incendié le siège d’Herri Batasuna¹, provoquant l’intervention de l’Ertzaintza².  Le Lehendakari³, José Antonio Ardanza, a convoqué aujourd’hui une réunion à Ajuria Enea et   Mayor  Oreja [le ministre de l’intérieur], qui réunira demain le pacte de Madrid, a déclaré : « Nous ne sommes pas comme eux, nous devons être fiers de ne pas être comme eux. » […]

El Mundo, 13 juillet 1997, Page 1

Notes :

1 Herri Batasuna (Union populaire, en basque) est un parti indépendantiste basque créé en 1978 et soupçonné d’être la branche politique d’ETA. 

2L’Ertzaintza est la police de la communauté autonome du pays basque.

3le Lehendekari est un terme basque désignant  le chef du gouvernement du gouvernement autonome d’Euskadi.

 

 

Les ennemis du peuple

Editorial

L’ETA a exécuté sa menace de manière implacable, sans se soucier des clameurs de tout un peuple. Miguel Ángel Blanco a été retrouvé avec deux balles dans la tête et les mains liées derrière le dos. Ce fut une exécution de sang  froid, préméditée, orchestrée comme un défi sanglant  lancé à l’État et à l’ensemble de la société. La mobilisation massive du peuple n’a pas atteint  le bunker dans lequel vit ETA ni n’a  pu sauver le jeune conseiller municipal  du PP, mais elle a servi à mesurer les forces : nous sommes nombreux, eux sont définitivement seuls. Cette unité des citoyens et de leurs représentants politiques est la seule réponse au terrorisme. Selon les mots d’ un dirigeant nationaliste basque, ce nouveau crime « est le suicide d’ ETA ». La bande  terroriste s’est une fois de plus montrée imperméable, mais il nous reste  l’espoir qu’il n’en sera pas de même parmi les électeurs HB. Peuvent-ils continuer à ignorer tant d’horreurs ? La société espagnole s’est mobilisée  en masse hier pour empêcher le crime prémédité  d’ETA. Il n’y eut pas d’insouciance ni de  pessimisme, mais de la participation ; de manière spontanée la plupart du temps, ou poussés par la douleur particulière de la proximité – comme à Ermua, la ville de Biscaye du jeune séquestré – Le fait est que les citoyens, avec une mention spéciale à ceux du Pays Basque, ont envoyé un message clair au bourreaux, autoproclamés sauveurs de la patrie et libérateurs du peuple basque : ça suffit ! L’ampleur même des mobilisations préfigurait le crime de l’ETA : il fallait  couvrir  l’unanimité des protestations contre son extorsion d’une balle dans la nuque.

Ceux qui soutiennent, expliquent, justifient ou se montrent compréhensifs avec  ETA doivent désormais prendre en compte qu’il ne s’agit plus d’un message politique, plus  ou moins bien filtré ou amplifié par des intermédiaires, mais plutôt du cri unanime d’une société qui n’a pas eu besoin de systèmes d’organisation sophistiqués pour  descendre dans la rue, occuper les avenues et demander la libération d’un citoyen. Si ce qui était hier dans la rue, ce n’est pas le peuple, ce peuple auquel les tortionnaires font continuellement appel, qui est le peuple ? Que leurs idéologues  répondent. La mobilisation d’hier – d’un côté tout le monde, de l’autre, dans une solitude assourdissante, les assassins et leurs compagnons – démontre clairement qui sont les ennemis du peuple. Il n’est pas surprenant que, connaissant le résultat de Blanco Garrido, le cri du peuple ait été « ETA kanpora », « HB, hors d’Euskadi ». Existe-t-il un paradoxe plus blessant  pour ceux qui s’autoproclament  mouvement de libération nationale que leurs voisins veuillent les voir hors du territoire, hors de leur vie ?

El País, 13 juillet 1997, Editorial

Traduction proposée par Gilles Legroux

Estalla la indignación nacional al aparecer Miguel Ángel Blanco, maniatado, con dos tiros en la cabeza

EL PUEBLO MALDICE A ETA

Gritos de «asesinos, asesinos!», «hijos de puta!» y «ETA al paredón!» se alternan con lágrimas y escenas de dolor en Ermua, Bilbao, Madrid y cientos de localidades españolas.

«Señores de HB, sois cómplices de este hecho y esta sangre debe pesar sobre vuestras conciencias», señala José Antonio Ardanza, que ha convocado para hoy la Mesa de Ajuria Enea.

«Nosotros no somos como ellos, debemos estar orgullosos de no ser como ellos», asegura el ministro del Interior, descartando cualquier respuesta incontrolada contra ETA y su entorno.

Por la mañana, medio millón de personas, encabezadas por todos los lideres democráticos, había clamado en vano.

BILBAO

El concejal del Partido Popular en el ayuntamiento de Ermua Miguel Angel Blanco, apareció ayer, poco antes de las cinco de la tarde, maniatado y con dos disparos en la cabeza. ETA cumplió su amenaza y poco después de que transcurriera el plazo de 48 horas otorgado por la banda terrorista, dejó el cuerpo casi sin vida del joven de 29 años en la zona de las vías de Lasarte (Guipúzcoa)

Tras conocerse la noticia comenzaron las manifestaciones espontáneas en Euskadi y en cientos de localidades del resto de España. En medio de la indignación popular, miles de personas volvieron a concontrarse como ya lo hicieran ayer al mediodía.

Medio millón de personas particparon ayer en una protesta encabezada por Aznar; En la capital vizcaína y en otros lugares, la multitud se algolpeaba al grito de « Asesinos, asesinos! », « Hijos de puta! », « ETA al paredón! ». En Ermua, varios desconocidos prendeieron fuego a la sede de Herri Batasuna, lo que provocó la intervención de la Ertzaintza. El Lehendakari , José Antonio Ardanza, ha convocado para hoy la mesa de Ajuria Enea y Mayor Oreja, que reunirá mañana el pacto de Madrid, afirmó : « No somos como ellos, debemos estar orgullosos de no ser como ellos. »

El Mundo, 13 de julio de 1991, portada

El pueblo contra ETA

ETA HA ejecutado implacablemente su amenaza sin importarle el clamor de todo un pueblo. Miguel Ángel Blanco fue encontrado con dos tiros en la cabeza y las manos atadas en la espalda. Fue una ejecución fría, premeditada, orquestada como un desafío escarnecedor al Estado y a toda la sociedad. La movilización masiva del pueblo no ha traspasado elbúnkeren el que vive ETA ni ha podido salvar al joven concejal del PP, pero ha servido para medir las fuerzas: nosotros somos muchos, ellos están definitivamente solos. Esta unidad de los ciudadanos y sus representantes políticos es la única respuesta al terrorismo. En boca de un dirigente nacionalista vasco, este nuevo crimen « es el suicidio de ETA ». La banda terrorista se ha revelado una vez más impermeable, pero nos cabe la esperanza de que no ocurra lo mismo entre los votantes de HB. ¿Podrán seguir ignorando tanto horror?La sociedad española se movilizó ayer, de forma masiva, para evitar el crimen anticipado de ETA. No hubo despreocupación o pesimismo, sino participación; de forma espontánea en la mayor parte de las ocasiones, o acuciados por el dolor especial de la proximidad -como en Ermua, la localidad vizcaína del joven secuestrado- El hecho es que los ciudadanos, con especial mención para los del País Vasco, enviaron un mensaje claro a los verdugos, autorreconvertidos en salvadores de la patria y libertadores del, pueblo vasco: ¡basta ya! La propia amplitud de las movilizaciones presagiaba el crimen de ETA: tenía que tapar con el tiro en la nuca la unanimidad de las protestas contra su extorsión.

Quienes apoyan, explican, justifican o suministran comprensión para ETA deberán tener en cuenta ahora que no se trata ya de un mensaje político, mejor o peor filtrado o amplificado por intermediarios, sino el grito unánime de -una sociedad que no ha necesitado de sofisticados sistemas de organización para salir a la calle, ocupar las avenidas y pedir la liberación de un ciudadano. Si lo que hubo ayer en las Calles no es el pueblo, ese pueblo al que continuamente apelan los torturadores, ¿quién es el pueblo? Que respondan sus ideólogos. La movilización de ayer -en un lado, todos; en el otro, en una clamorosa soledad, los asesinos y sus acompañantes- explicita con nitidez quiénes son los enemigos del pueblo. No es de extrañar que, conocido el desenlace de Blanco Garrido, el grito de la gente fuese « ETA kanpora », « HB, fuera de Euskadi ». ¿Cabe mayor paradoja mortificante para quienes se autocalifican de movimiento de liberación nacional que sus vecinos los quieran fuera del territorio, de sus vidas?

El País, 13 de julio de 1997, editorial

Y https://www.fmiguelangelblanco.es/miguel-angel-blanco/el-espiritu-de-ermua/

El espíritu de Ermua