Hérodote (490-424 av. J.-C.) est né à Halicarnasse en Carie. Il a énormément voyagé (Égypte, Gaza, Tyr, Scythie, nord de l’Égée) et a séjourné à Athènes. Surnommé le « père de l’histoire » par Cicéron, il a rédigé des Histoires, historiè en grec signifiant « enquête ». Les quatre premiers livres de ses écrits sont relatifs à la formation de l’Empire perse et les cinq derniers, aux guerres médiques (la division en neuf livres remonte à l’époque alexandrine).

Le livre II comporte une description des coutumes égyptiennes. On sait qu’Hérodote a séjourné  en Égypte vers 450 av. J.-C. et que la grandeur du pays l’a fortement marqué. La courte description des coutumes égyptiennes, retenue ci-dessous, apparaît comme une sorte de « miroir inversé » de la civilisation grecque : écriture, mœurs et même place des hommes et des femmes : les hommes restent au logis et tissent ; les femmes vont au marché et font du commerce.


 

 » (35) Je vais maintenant parler plus longuement de l’Égypte par ce que plus que toute autre contrée elle renferme des merveilles et des travaux dignes d’être décrits : c’est pourquoi je m’étendrai davantage sur ce pays. Les Égyptiens vivent sous un climat particulier : leur contrée est arrosée par un fleuve dont la nature diffère de celle de tous les autres fleuves ; enfin ils ont établi des coutumes et des lois opposées pour la plupart à celles du reste des humains. Chez eux, les femmes vont au marché et font du commerce : les hommes restent au logis et tissent. Partout ailleurs on pousse de bas en haut la trame, les Égyptiens la font passer de haut en bas. Les hommes portent les fardeaux sur la tête, les femmes sur les épaules ; les femmes urinent debout, les hommes s’accroupissent pour uriner ; ils vont à la selle dans leurs maisons et mangent dehors, dans les rues, alléguant qu’il faut faire en se cachant ce qui est nécessaire, mais honteux, et ouvertement ce dont on n’a point à rougir. Nulle femme n’est prêtresse d’aucune divinité ; les prêtres sont des hommes, pour les déesses et pour les dieux. Les garçons ne sont jamais contraints de nourrir leurs parents, si telle n’est pas leur volonté ; les filles y sont obligées, quand même elles ne le voudraient pas.

(36) Ailleurs les prêtres des dieux portent une longue chevelure ; en Égypte, ils se rasent ; chez les autres hommes, la coutume est de se couper les cheveux au moment où l’on prend le deuil de ses proches parents ; les Égyptiens, en l’honneur des morts, laissent pousser, sur la tête et sous le menton, les cheveux et la barbe qu’auparavant ils rasaient. Les autres hommes vivent séparés des bêtes, les Égyptiens vivent pêle-mêle avec elles. (…). Les Grecs écrivent leurs lettres et comptent avec des cailloux, en commençant par la gauche et portant leur main à droite ; les Égyptiens vont de droite à gauche, et en faisant ainsi ils prétendent que ce sont eux qui écrivent à l’endroit et que les Grecs écrivent à l’envers. Ils ont deux sortes de caractères : les caractères sacrés et les démotiques (« populaires ») ».

Hérodote, Histoires, II, 35-36.