«  Nos valeureux légionnaires et réguliers(1) ont démontré à ces lâches de rouges ce que c’est qu’être un vrai homme. Et aussi par la même occasion à leurs femmes. Cela est totalement justifié, puisque ces(2) communistes et anarchistes prêchent l’amour libre. Maintenant au moins, elles vont savoir ce que sont les vrais hommes et non des miliciens efféminés. Elles auront beau meugler et battre des pieds, elles n’y échapperont pas! »

Général Queipo de Llano, propos prononcés sur « Radio Sevilla », dans la soirée du 23 juillet 1936.

Notes:

(1) Réguliers: abréviation de « Fuerzas regulares indígenas », troupes d’infanterie et de cavalerie de l’armée espagnole formés de volontaires marocains et qui jouèrent un rôle non négligéable dans la victoire des troupes franquistes.

(2) ces: au féminin dans le texte espagnol.

https://www.youtube.com/watch?v=9weVo7tCvjc

Commentaires

Ces mots traduits de l’espagnol sont extraits d’une diatribe radiophonique prononcée par le général Gonzalo Queipo de Llano (1875-1951) sur les ondes de Radio-Sevilla dans la soirée du 23 juillet 1936, soit à peine une semaine après le soulèvement militaire contre la seconde République espagnole. Queipo de Llano a joué un rôle de tout premier plan dans le camp franquiste pendant la guerre civile. Parfois surnommé le « vice-roi d’Andalousie », il s’était emparé des lieux stratégiques de  Séville en quelques heures dès le 18 juillet 36 et était le chef des forces du sud chargé de conquérir l’Andalousie.  Mais c’est surtout en tant qu’animateur de radio que Queipo de Llano a marqué l’histoire de la guerre civile. Il fut sans conteste la « voix » radiophonique du camp franquiste  la plus célèbre et la plus écoutée. S’étant emparé du siège de « Radio- Sevilla » au premier jour du soulèvement, il  fit de cette radio une arme efficace de propagande et de terreur dans le cadre de la guerre idéologique et psychologique qui opposait les deux Espagne. Les historiens espagnols évaluent en effet à environ 600 ses « causeries du soir » entre le  18 juillet 36 et le  1er février 1938!

Dans cet extrait, Queipo de Llano justifie  et incite les soldats du camp  franquiste à violer les femmes républicaines. Il reconnaît ainsi au passage que le viol est une pratique courante dès le début de la guerre civile. Cette incitation au viol peut être interprétée selon 3 angles complémentaires (nous n’aborderons pas  la  pathologie mentale de l’auteur, car ce n’est pas notre métier….).

  • L’incitation au viol  entre dans le cadre d’une guerre psychologique reposant sur la diffusion de la terreur dans le camp républicain, composé pour moitié de femmes. Manifestement, c’est aux civils plus qu’aux soldats qu’il s’adresse ici.
  • L’appropiation du corps de l’épouse, de la fille, de la soeur ou de la mère de l’ennemi ( en l’occurence ici l’homme  milicien) est un manière symbolique de détruire l’ennemi en profanant ce qui à quoi il tient le  plus.
  • Enfin, cet appel au viol doit être replacé dans le contexte des réformes de la Seconde République espagnole. Depuis 1931, les femmes espagnoles avaient obtenu de nouveaux droits: l’égalité civile avec les hommes, le droit de vote, le droit au divorce… Et c’est cela qui est visé par cette incitation au viol : ces femmes qui pratiquent « l’amour libre » méritent une leçon afin de leur rappeler quelle doit être  leur place dans une société chrétienne traditionnelle. En quelque sorte, comme un prélude au rétablisement d’une société patriarcale clairement assumée par la dictature franquiste après la guerre civile.