Le général de Gaulle justifie le procès et la condamnation des dirigeants de Vichy.

« (…) Pour moi, la faute capitale de Pétain et de son gouvernement c’était d’avoir conclu avec l’ennemi, au nom de la France, le soi-disant « armistice ». Certes, à la date où on l’avait signé, la bataille dans la Métropole était indiscutablement perdue. Arrêter le combat entre l’Atlantique et les Alpes pour mettre un terme à la déroute, cet acte militaire et local eût été très justifié. Il appartenait au commandement des forces intéressées, – quitte à ce que la tête en fût changée, – de faire le nécessaire sur ordre du gouvernement. Celui-ci aurait gagné Alger, emportant le trésor de la souveraineté française (…) continuait la lutte jusqu’à son terme, tenant parole aux Alliés et, en échange, exigeant leur concours. Mais, avoir retiré de la guerre l’Empire indemne, la flotte inentamée, l’aviation en grande partie intacte (…) ; avoir manqué à nos alliances ; par-dessus tout, avoir soumis l’État à la discrétion du Reich, c’est cela qu’il fallait condamner, de telle sorte que la France fût dégagée de la flétrissure. Toutes les fautes que Vichy avait été amené à commettre ensuite : collaboration avec les envahisseurs ; lutte menée (…) contre les Français Libres ou contre les Alliés ; combats livrés à la Résistance en liaison directe avec les polices et les troupes allemandes ; remise à Hitler de prisonniers politiques français, de juifs, d’étrangers réfugiés chez nous ; concours fourni, sous forme de main-d’oeuvre, de matières, de fabrications, de propagande, à l’appareil guerrier de l’ennemi, découlaient infailliblement de cette source empoisonnée. La condamnation de Vichy dans la personne de ses dirigeants désolidarisait la France d’une politique qui avait été celle du renoncement national. »

in Général de Gaulle, Mémoires de guerre, 1959, III, p. 249.